Le FBI publie son rapport d’enquête sur le Gamergate

Gamergate

Dans le cadre du Freedom of Information Act, le FBI a publié son rapport portant sur ses enquêtes liées aux menaces perpétrées dans la controverse du Gamergate de 2014 et 2015.

On retrouve plusieurs éléments censurés dans ce document de 173 pages, dont 61 pages ont été supprimées, dans le but de ne pas propager d’information jugée sensible ou confidentielle, comme les noms, les informations d’identification et d’autres détails concernant les témoins et suspects de cette affaire.

Le FBI n’a pas pu identifier les personnes derrière certaines menaces, et n’a pas poursuivi les suspects identifiés avec succès.

On peut y lire entre autres choses le courriel de menace envoyé le 13 octobre 2014 à l’Université d’État de l’Utah à propos d’un événement où était invitée Anita Sarkeesian, critique spécialisée dans la représentation de la femme au cinéma, à la télévision et dans les jeux vidéo. À défaut d’annuler la conférence prévue, l’auteur du courriel a promis qu’il exécuterait «une attaque digne du Montreal Massacre» (la tuerie de l’École Polytechnique de Montréal) dans le but d’exécuter le plus grand nombre de féministes.

Comme le rapportait notre collègue Hugo Prévost en novembre 2014, Sakeesian a été contrainte d’annuler sa présence puisque le campus était dans l’impossibilité d’empêcher quiconque de pénétrer les lieux avec une arme à feu en vertu du droit de l’État. D’autres messages, toujours dirigés contre la présence de Sarkeesian à l’Université d’État de l’Utah, sont également inclus dans le rapport. Certains ont même été transmis après l’annulation de l’événement.

Alors qu’une bonne portion du rapport traite du harcèlement subi par Sakeesian, il est aussi question de menaces contre Brianna Wu, développeuse de jeux vidéo. Comme le souligne The Verge, une partie des faits rapportés laisse croire qu’il s’agit des propos tenus par Jace Connors, pseudonyme de Jan Rankowski, un YouTuber membre du groupe d’humour Million Dollar Extreme, qui donne dans la provocation.

Dans au moins deux cas, le FBI a interrogé des personnes qui ont avoué avoir envoyé des courriels de menaces ou des appels téléphoniques. Ces derniers semblent avoir été relâchés avec un simple avertissement. L’un d’eux, mineur, a admis avoir menacé au téléphone à 40 ou 50 reprises l’une des victimes, fort probablement Wu, simplement pour la pousser à bout. Il faisait partie d’un groupe de clavardage qui partageait le même objectif, et s’est notamment défendu d’être à l’origine d’une menace à la bombe.

Un autre suspect interrogé par le FBI raconte avoir publié un commentaire sur 4chan à propos d’une personne qu’il décrit comme «une victime professionnelle», qui à son avis exagérait l’ampleur des menaces qu’elle recevait. La seule chose logique qu’il a trouvé à faire a été d’ajuster le niveau de menace pour qu’il corresponde mieux à ce que la victime décriait. À ce sujet, bien que le courriel en question soit fortement censuré, le document précise que le suspect ne possède pas de fusil de chasse, ce qui donne un bon indice sur la teneur du messager. Conséqence? Le suspect comprend que de transmettre de telles menaces est un crime fédéral, et promet de ne plus jamais le refaire.

Dans l’ensemble, ces enquêtes semblent être toutes tombées dans l’impasse. Le FBI n’a pas été en mesure d’identifier les personnes derrière certaines menaces, s’est refusé de poursuivre les suspects qu’elle a pu identifier avec succès, et semble avoir eu à composer avec des situations en dehors de son champ de compétence.

  • Alzasior Lutor

    Impunité, impunité, impunité,,, Et après on se lamente qu’il y a des fous qui courent les rues…

  • Laurence Tite Menthe

    Complément d’info: Les jeunes suspects identifiés par le FBI ont également admis qu’ils ont commencé à menacer Brianna Wu suite au visionnement de reportage sur Gamergate. Ils n’ont jamais participé à la campagne sur les réseaux sociaux à l’été 2014. Le FBI n’a pas déposé d’accusation contre les suspects identifiés étant donné la difficulté de prouvé l’intention criminelle. L’enquête est fermé depuis l’automne 2015.

    J’ai déjà échangé en privé avec Laurent Lasalle sur le sujet mais je me permet de réitérer ce message étant donnée que le texte d’Hugo Prévost est mis en lien:

    Eron Gjoni, l’amant inconduite qui est l’auteur du Zoe Post, n’a jamais accusé Zoe Quinn d’avoir échangé des relations sexuelles contre une critique positive. Le seul journaliste nommé dans la liste, Nathan Grayson, a admis ce fait le 4 septembre 2014 lors d’un échange avec un usager Twitter.