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Le deuil à l’ère de l’éternité virtuelle

Par Catherine Gendreau – le dans Actualités
J'ai toujours eu de la misère avec la mort. Je veux dire : la mort qui s'en vient, la mort qu'on regarde en pleine face nous faire un doigt d'honneur, la mort qui déforme le visage et le corps de nos proches, celle qui les fait sentir weird aussi.

Si quelque chose me rend encore plus mal à l’aise que la mort elle-même, c’est tout ce qui se passe dans les jours qui la suivent et qu’on pourrait appeler «les activités paramortuaires». Ne vous méprenez pas, je comprends la nécessité de se regrouper pour célébrer la vie de la personne décédée, pour s’épauler dans la douleur, pour se convaincre, aussi, que malgré tout la vie continue, que la mémoire perdure et que nous ne sommes pas désespérément seuls dans notre quête de sens face à la perte.

Chaque religion, chaque culture, chaque communauté possède un lot de rites entourant la mort qui lui sont propres. Si Facebook ne peut être considéré comme une religion (pleaaase!), il n’en demeure pas moins qu’avec la mort d’environ 200 000 de ses fidèles (membres) chaque année, nous avons vu l’apparition de rituels funéraires qui lui sont adaptés. Mais sont-ils également adaptés à nos besoins dans un contexte de deuil?

Facebook, le plus grand cimetière numérique

Lorsque la mort frappe, deux options s’offrent aux survivants en ce qui concerne Facebook. Ils peuvent faire une demande spéciale de suppression du compte en fournissant des documents faisant la preuve du décès et du lien de parenté qui les unit au défunt, ou décider de transformer son profil en compte de commémoration. Cette seconde option s’avère plus populaire que la première, sans doute parce qu’elle est plus accessible. Le compte commémoratif permet aux amis de laisser des messages et de consulter les archives du profil sans pour autant recevoir des notifications telles que «Cela fait un moment que vous n’avez pas écrit sur le Journal de Jean Dupont» ou «Souhaitez-vous inviter Jean Dupont à cet événement?».

Sur Facebook, le profil commémoratif d’un défunt devient rapidement un lieu de rencontre pour ses contacts endeuillés qui y publient photos, anecdotes du passé, messages d’amour au disparu et de condoléances à la famille. Une version 2.0 du salon funéraire, en somme.

Je disais ci-dessus être mal à l’aise avec les rituels funéraires tout en reconnaissant leur rôle dans le processus de deuil. Sur Facebook, le profil commémoratif d’un défunt devient rapidement un lieu de rencontre pour ses contacts endeuillés qui y publient photos, anecdotes du passé, messages d’amour au disparu et de condoléances à la famille. Une version 2.0 du salon funéraire, en somme, et qui a l’avantage de regrouper au même endroit des personnes possiblement géographiquement éloignées. Le problème, selon moi, est la pérennité de ces pages. Pour compléter son deuil, on doit passer par une phase d’acceptation de la perte, ce que la mise en terre permettait de faire dans le passé après l’étape de réunion de la communauté. La personne n’est plus et son absence physique le prouve. Mais voilà, ce n’est pas si simple sur la plateforme sociale la plus populaire, où le mort a droit à l’éternité virtuelle.

Plusieurs trouvent en effet difficile qu’on leur rappelle constamment la personne disparue et préféreraient que le profil, une fois son rôle de «salon funéraire numérique» rempli, demeure statique ou disparaisse carrément. Je suis du nombre. Évidemment, libre à chacun de faire son deuil comme il le désire et en est capable. Parions que les nouvelles technologies amèneront encore de nouvelles façons de gérer la mort, ses étapes et ses répercussions sur les vivants.

Une minute de silence… et de réflexion

On le sait, tout se passe à la vitesse grand V sur les réseaux sociaux. Les nouvelles se partagent en un instant et on peut presque suivre en temps réel la rupture d’un couple ou encore l’accouchement d’une amie d’enfance. Il en va de même avec la mort. Un proche vient à peine de rendre son dernier souffle que déjà les Interwebs s’affolent, notre mur et notre boîte de réception croulent sous les messages de condoléances. Je l’ai vécu deux fois au cours des derniers mois, et je vous avoue que j’en ai été davantage irritée que réconfortée.

La petite gêne et le jugement, vous savez, ces choses qui vous empêchent d’aller malaxer le ventre d’une femme enceinte dans le métro ou de dire à votre patron que vous le trouvez incompétent, se font rares sur Facebook. Et la notion de temps y est pas mal slack. Je vous encourage fortement à y réfléchir la prochaine fois que vous serez tenté de vous garrocher sur le Journal (Timeline) d’un ami très récemment endeuillé. Et, de grâce, assurez-vous qu’une personne est réellement décédée avant de l’annoncer et d’offrir vos sympathies à ses proches.

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Catherine Gendreau

Catherine a toujours eu un faible pour les nerds, les geeks et les gars qui passent trop de temps devant un écran. Cette ancienne technulle avouée, plus intéressée par la littérature que par la programmation C++, s’est finalement laissé corrompre avec l’avènement de Facebook, auquel elle est indubitablement accro. Rédactrice web et chialeuse professionnelle, elle écrit toujours ses brouillons à la main.