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Le vaguebooker, ce narcissique incompris

Par Catherine Gendreau – le dans Actualités
Qui n'a pas déjà vaguebooké? Vous savez, cette mode remontant aux origines de Facebook et qui consiste à publier intentionnellement un statut vague afin d'attirer l'attention?

Je vous imagine sourciller : «Moi, jamais! Par contre, j’ai une amie qui fait TOUT LE TEMPS ça!» C’est cela, oui (pensez à l’air peu convaincu de Thierry Lhermitte dans Le père Noël est une ordure).

À force de leur répondre «Je n’ai pas envie d’en parler», un comportement fondamental du vaguebooker, les amis ont cessé de s’enquérir de notre état. Bien joué, petite âme sensible à la recherche d’empathie!

Le vaguebooking à travers les âges

Cette tendance mal-aimée a évolué au même rythme que le réseau social qui l’a vue naître. Il y a quelques années, on vaguebookait surtout pour susciter les questions de nos amis et aller à la pêche au réconfort. Le classique «Pourquoi ça n’arrive qu’à moi?» provoquait bel et bien la sympathie de nos proches qui accouraient pour savoir quel malheur s’était (encore) abattu sur nous et nous rassurer. Mais voilà, à force de leur répondre «Je n’ai pas envie d’en parler», un comportement fondamental du vaguebooker, les amis ont cessé de s’enquérir de notre état et ont même fini par masquer nos activités afin qu’elles n’apparaissent plus sur leur fil d’actualité. Bien joué, petite âme sensible à la recherche d’empathie!

Reconstitution dramatique
Reconstitution dramatique

Heureusement pour nous (ou pas), les narcissiques incompris du statut ont su user de créativité afin d’élargir et de diversifier les manifestations du vaguebooking. On trouve encore les classiques messages cryptiques s’adressant à une personne non identifiée («Sérieusement, je n’aurais jamais cru que tu pourrais un jour me trahir ainsi!»), mais on peut désormais aussi se taper des paroles de chansons sorties de leur contexte, des listes dont les différents items n’ont en apparence aucun dénominateur commun, des vidéoclips déprimants sans aucune explication justifiant leur publication, ou, pour les plus paresseux et les plus imbibés d’alcool, des émoticônes censées remplacer des phrases complètes et des signes de ponctuation garrochés là comme autant d’émotions à attraper au vol. On est loin de Proust, mettons.

Vaguebooker pour la cause : vraiment?

Si vous possédez un profil Facebook depuis un certain temps, vous connaissez sans doute les opérations marketing de sensibilisation au cancer du sein. Chaque année, les femmes reçoivent dans leur boîte de messagerie une invitation à écrire un statut énigmatique dans le but de créer un buzz et de provoquer les questions des hommes, qui n’ont pas été mis au parfum de la campagne.

Aux débuts du concept, on nous a demandé d’inscrire la couleur de notre soutien-gorge ou encore l’endroit où on a l’habitude de déposer notre sac à main en rentrant à la maison. Ça pouvait donner des trucs un peu louches comme «sur la sécheuse et nulle part ailleurs», ce qui ne manquait effectivement pas d’attirer l’attention des curieux et des esprits tordus. Après quelques jours, on révélait le but de notre étrange statut en nous pétant les bretelles, «Je vous ai bien eus, hein, LOL».

Puis, l’idée a semblé dégénérer et on nous a demandé de publier le nom de l’alcool correspondant à notre relation de couple selon une grille préétablie (par quel champion, je me le demande bien). C’est ainsi que je me suis ramassée à écrire «TEQUILA» un lundi matin à 8h00. Mouais. Pas fort. Si certaines ont trouvé le jeu plutôt amusant (sans doute parce qu’elles n’ont pas donné l’impression d’être des alcooliques sans emploi devant leurs 600 amis Facebook, ELLES), aucune femme de mon entourage ne s’est jetée sur le téléphone pour prendre rendez-vous pour une mammographie, et je suis loin d’être convaincue que ça a eu un quelconque impact sur la sensibilisation générale au cancer du sein.

Bref, le vaguebooking n’est pas moins futile parce qu’on l’accole à une cause honorable.

Mise en garde

Faites attention cependant à ne pas voir du vaguebooking où il n’y en a pas. Si vous avez dormi sous une roche pendant deux semaines ou avez simplement pris des vacances de Facebook, ne criez pas au vaguebooking parce que vous ne comprenez pas les insides d’actualités politique et culturelle. Par ailleurs, si un ami a partagé un article, prenez la peine de le lire avant de juger son accroche incompréhensible. Ça évitera bien des malaises et des explications inutiles.

Pour rire un peu du phénomène, visitez vaguebook.org.

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Catherine Gendreau

Catherine a toujours eu un faible pour les nerds, les geeks et les gars qui passent trop de temps devant un écran. Cette ancienne technulle avouée, plus intéressée par la littérature que par la programmation C++, s’est finalement laissé corrompre avec l’avènement de Facebook, auquel elle est indubitablement accro. Rédactrice web et chialeuse professionnelle, elle écrit toujours ses brouillons à la main.