Tout le monde est malheureux, tout le temps!

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Deux ou trois fois par année, des chercheurs universitaires publient des études qui disent toutes sensiblement la même chose : Facebook rend malheureux.

En janvier dernier, une étude allemande révélait en effet que plus d’un tiers (36,9%) des utilisateurs du célèbre réseau social se sentait plus mal et plus insatisfait de sa vie après s’être connecté. Ceux qui ne publient rien sur leur profil et interagissent peu avec leurs amis seraient les plus affectés par les sentiments de solitude et d’envie. Rien d’étonnant là-dedans, et rien qui soit à proprement parler limité à Facebook. Imaginez un instant que vous êtes invité à un party et que, plutôt que de participer activement à la fête, vous vous cachiez derrière une plante pour observer les autres avoir du plaisir. Vous risquez de trouver la soirée longue et de rentrer chez vous la mine basse.

On a souvent tendance à oublier que les statuts d’autocongratulation et les photos léchées de bonheur familial de nos amis ont été soigneusement triés sur le volet ou carrément «arrangés avec le gars des vues» avant d’être partagés.

La source première d’envie serait les photos de vacances, suivie par la comparaison d’interactions sociales. Quoi, le commentaire de Jean a reçu 17 mentions «J’aime» et le mien uniquement 3? Et pourquoi l’anniversaire de Marie a suscité 148 messages de bons vœux alors que le mien n’a été célébré virtuellement que par 52 amis? Aucune surprise ici non plus. Le populaire dicton «Quand on se regarde on se désole, quand on se compare on se console» ne s’applique pas à Facebook.

Il y a quelques semaines, c’était au tour de l’Université du Michigan de s’intéresser à la question de la «dépression Facebook». La conclusion de l’étude? Plus vous passez de temps sur le site, plus vous devenez malheureux et oui, même possiblement dépressif. Plusieurs facteurs ont été évoqués pour justifier ces résultats assez décourageants, notamment le manque d’interactions sociales directes et d’activités extérieures. Mais surtout, encore une fois, la comparaison avec les autres minerait le moral de l’utilisateur moyen.

Je est un autre

Si on se permet quelques coups de gueule et autres «Meh, soupir d’exaspération» liés à un problème familial ou professionnel, il n’en demeure pas moins que le «je» mis en scène sur Facebook est la plupart du temps une version nettement améliorée du «je» derrière l’écran, qui a un rapport à terminer pour hier et un terrible two grippé sur les bras. Et on a souvent tendance à oublier que les statuts d’autocongratulation et les photos léchées de bonheur familial de nos amis ont été soigneusement triés sur le volet ou carrément «arrangés avec le gars des vues» avant d’être partagés.

Avouons-le, la vie n’offre pas une vingtaine de filtres Instagram et nous ne passons pas toutes nos soirées à boire des drinks fancy sur une plage en contemplant filer les Perséides.

Lundis sans filtre

Parlant de filtres, La Presse+ publiait hier un dossier sur la nouvelle tendance en matière d’affirmation de soi : les lundis sans filtre. Baptisés Real Mama Life par une blogueuse torontoise, ces lundis font l’apologie du chaos et de la «vraie vie». Les lecteurs sont invités à publier des photos sans retouche de leur vie quotidienne, des éviers débordant de vaisselle sale aux brassées de linge à plier qui traînent depuis dix jours sur le divan. Créés pour se libérer de l’image et se déculpabiliser de ne pas avoir une vie parfaite, une maison sortie d’un magazine de décoration et le talent culinaire d’un chef étoilé, les lundis sans filtre pourraient également rassurer les inquiets qui passent leur temps à se comparer à leurs amis Facebook et à les envier.

Nuances de gris

Ne vous dépêchez pas, suite à la lecture de cette humble chronique, de supprimer votre profil Facebook. Les chercheurs des différentes études mentionnées s’entendent également pour dire que le réseau social a des répercussions bénéfiques sur l’estime de soi et l’épanouissement personnel de plusieurs utilisateurs. Les plus actifs (ceux qui interagissent beaucoup et ne se contentent pas de faire défiler leur page d’accueil) seraient les plus propices à retirer des avantages psychologiques de leur présence sur les réseaux sociaux.

Engagez-vous, qu’ils disaient!

  • Merlin

    Lorsque Mark Zuckerberg a lancé Facebook en 1994 sous le nom « Thefacebook », il s’agissait d’un réseau social réservé aux étudiants de l’université Harvard; par la suite le réseau a été élargit aux autres universités de l’Ivy League, puis à certaines entreprises spécialisées telles Apple et Microsoft. Il s’adressait donc à un public allumé, constitué de professionnels en devenir. Il ne fut ouvert au grand public qu’en 2006, suivant cette éternelle tendance à démocratiser un logiciel dans le but de se remplir les poches.

    Tout comme MSN Messenger (qui a d’abord été conçu pour faciliter les échanges entre programmeurs) qui s’est vu envahit par une clientèle de pré-ados lorsqu’il a été intégré à Windows XP, Facebook est devenu le visage renfloué par la chirurgie esthétique d’une population en mal de vivre. À un point tel qu’il est mal vu aujourd’hui de ne pas avoir sa page Facebook.

    Pourtant, soyons honnête : plein de gens n’ont aucun besoin réel de s’afficher. Ils le font à cause de la pression sociale mais ils se sentent mal à le faire parce que ce n’est ni leur genre, ni leur place. Le rêve derrière la démocratisation d’Internet n’a jamais été qu’il soit utilisé pour que monsieur/madame tout-le-monde y affiche ses états d’âme.

    Je ne suis pas contre Facebook. Mais je suis contre le fait que tout le monde trouve normal qu’il soit devenu un incontournable. Facebook est un outil parmi tous les autres, et il ne devrait être utilisé que par ceux qui en éprouvent le besoin.