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La place des femmes dans les jeux vidéo

Par François Dominic Laramée – le dans Actualités
La controverse entourant l’absence de personnages féminins jouables dans Assassin's Creed Unity est à la fois exagérée et révélatrice d’une réalité troublante qui dépasse largement les frontières du monde du jeu vidéo.

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai suivi avec intérêt le déroulement des conférences de presse d’avant-E3. Presque tout y était : les belles surprises (Grim Fandango!), les bandes annonces délirantes (Sunset Overdrive et Dead Island 2), quelques nouvelles propriétés intellectuelles perdues au milieu d’un océan de suites et de remakes, les démonstrations de jouabilité alléchantes, et bien sûr, un gros tas d’hélicoptères qui explosent.

On peut se dire que l’absence d’assassines ne se fera ressentir «que» dans le mode multijoueur, mais si celui-ci est au coeur de l’expérience de Assassin’s Creed Unity, comment expliquer qu’on ne permette pas aux joueuses de choisir des héroïnes auxquelles elles peuvent s’identifier?

Presque tout, mais pas beaucoup de femmes.

Pas beaucoup de présentatrices sur scène. Pas beaucoup de non-victimes parmi les personnages féminins apparaissant à l’écran. Et, ce qui fait couler beaucoup d’encre sur les pixels depuis le début de la semaine, pas de personnages féminins jouables dans Assassin’s Creed Unity, même en mode coopératif.

Or, si la critique essuyée par les développeurs d’Ubisoft me semble injuste compte tenu de l’historique de la série Assassin’s Creed en matière de diversité, les événements de cette semaine illustrent tout de même une dynamique malsaine qui dépasse de loin les frontières de l’industrie du jeu vidéo.

Faire mouche en tirant sur la mauvaise cible

J’ai travaillé assez longtemps dans l’industrie du jeu vidéo pour comprendre, et accepter, la justification avancée par les développeurs d’Ubisoft pour expliquer l’absence de personnages féminins jouables.

D’abord, dans le scénario, le héros est un homme. N’aurait-on pas pu laisser le choix au joueur comme dans Mass Effect? Peut-être, mais ce n’est pas la méthode Assassin’s Creed. Si on me dit que l’intégrité du récit exige un héros masculin dans ce cas-ci, comme il exigeait une femme dans Liberation ou un Mohawk, un Italien ou un Arabe dans les épisodes précédents, je m’incline.

Assassin's Creed III : Liberation mettait en vedette une femme dans le rôle du protagoniste
Assassin’s Creed III : Liberation mettait en vedette un protagoniste féminin

Deuxièmement, les développeurs voulaient créer des personnages féminins pour le mode multijoueur, mais ils ont dû abandonner le projet, faute de budget pour multiplier les modèles, les animations et les voix. En tant que producteur confronté à des contraintes de temps et d’argent, couper des personnages est un choix parfaitement valide; mieux vaut cela, sans doute, que d’éliminer des missions ou de rogner sur les tests et de lancer un jeu plein de bogues.

Le malaise ordinaire

Ceci dit, si j’accorde ma bénédiction aux développeurs, quelqu’un, quelque part, a tout de même décidé que l’inclusion de personnages féminins jouables ne justifiait pas l’investissement supplémentaire qui aurait été requis, même si celui-ci n’aurait vraisemblablement pas représenté une dépense insurmontable. On peut se dire que l’absence d’assassines ne se fera ressentir «que» dans le mode multijoueur, ce qui aide à justifier cette absence sur des bases financières. Toutefois, le mode multijoueur semble être au coeur de l’expérience de Assassin’s Creed Unity. Comment expliquer, alors, qu’on ne permette pas aux joueuses de choisir des héroïnes auxquelles elles peuvent s’identifier?

Je ne peux pas lire dans les pensées des décideurs d’Ubisoft, mais quelqu’un, quelque part, a sans doute dû calculer que les ventes additionnelles n’auraient pas justifié la dépense ou le retard de lancement. Autrement dit, qu’offrir des personnages féminins n’est pas si important. Si c’est vrai, et que c’est vrai parce que les joueuses ne se formalisent pas d’avoir à jouer des héros masculins, ce dont je n’ai pas la moindre idée, on s’énerve pour rien.

Mais si c’était plus que cela? Si le fait que l’industrie du jeu vidéo crée dix Master Chief pour chaque Lara Croft – et dix Lara Croft pour chaque personnage féminin au physique vaguement probable – reflétait le même genre de raisonnement plus ou moins conscient qui fait que les films où les femmes tiennent l’essentiel des rôles principaux sont rarissimes, même s’ils obtiennent régulièrement du succès au box-office lorsqu’on se décide à les produire? Est-ce que, pour dire les choses franchement, l’industrie du jeu vidéo ne prendrait pas les femmes assez au sérieux?

Conclusion

L’industrie serait loin d’être la seule coupable de ce genre de misogynie plus ou moins soft. Rappelez-vous des questions idiotes sur sa vie sentimentale auxquelles Eugenie Bouchard a été soumise après une victoire à l’Open d’Australie. Découragez-vous solidement en lisant cette étude qui démontre que les ouragans auxquels on donne des noms féminins causent plus de morts et de dégâts aux États-Unis parce que les gens prennent moins de précautions – ils assument tout bonnement que ces ouragans ne peuvent pas être aussi dangereux que ceux qui portent des noms d’hommes. Et je vous épargne les horreurs qui se disent chaque jour sur le dos des femmes dans le monde politique américain.

Cependant, ce qui explique n’excuse pas. Je ne crois pas que l’absence d’assassines dans Unity, un jeu qui appartient à une série déjà admirable de diversité, justifie les attaques de cette semaine. Mais se poser des questions sur l’ensemble des pratiques de l’industrie, ça, c’est tout à fait nécessaire.

Les femmes constituent 48% de la population des joueurs. Prenons-les au sérieux.

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François Dominic Laramée

Après une carrière de 15 ans en conception de jeux vidéo, François Dominic Laramée a succombé à la puissance du Côté Obscur de la Force et est devenu journaliste techno. Il a notamment été chroniqueur et scripteur à l’émission Les Nerdz de Ztélé pendant 8 saisons, a publié 4 livres dont certains ont été traduits en russe et en coréen, et a écrit pour toutes les publications dont les administrateurs ont oublié de lui interdire l'accès à leurs systèmes de gestion de contenu.