Angry Video Game Nerd : The Movie

Critique

Exclusif

La tendance des jeux vidéo rétro bat son plein, mais le nouveau porte-étendard de ce mouvement nostalgique est-il un film accessible à tous?

Le Festival international de films Fantasia accueillait en première internationale hier soir le premier long-métrage à grand déploiement de Kevin Finn et James Rolfe, Angry Video Game Nerd : The Movie. La comédie, qui a amassé plus de 325 000$ US en sociofinancement sur Indiegogo il y a 2 ans, est un amalgame de nostalgie et de références propres à l’univers de Rolfe, et qu’il partage avec ses fans.

Le tout est bien ficelé, mais l’intrigue aurait bénéficié d’être resserrée, afin que le film soit moins un prétexte pour Finn et Rolfe pour inclure plusieurs de leurs fantasmes de réalisateurs.

Ceux-ci se délecteront sans doute des 115 minutes que leur réserve l’histoire abracadabrante inspirée de la légende (qui n’en était finalement pas une) voulant que les copies non vendues du pire jeu de tous les temps aient été enterrées dans le désert du Nouveau-Mexique.

Cependant, la qualité de production plutôt inégale du film, certaines longueurs dans son déploiement et ses effets spéciaux volontairement bon marché risquent de rebuter les cinéphiles non familiers avec la websérie, et ce, malgré leur bonne foi.

Scénario

À une époque où les joueurs sont de plus en plus nombreux à s’intéresser aux jeux vidéo particulièrement médiocres, phénomène provoqué directement (mais accidentellement) par le succès de la websérie Angry Video Game Nerd, Cockburn Incorporated souhaite faire endosser son nouveau jeu volontairement merdique – la suite de Eee Tee the Extra-Special Alien au Atari 2600 – par le Nerd lui-même (James Rolfe).

De son côté, le Nerd quitte son emploi de vendeur de jeux vidéo chez GameCops après qu’une foule de fans hystériques a envahi le magasin, réclamant la critique du pire jeu de tous les temps – une demande à laquelle il refuse catégoriquement d’accéder depuis toujours, traumatisé après l’avoir reçu en cadeau lorsqu’il était gamin.

Le Nerd (James Rolfe), plongé dans le jeu de ses cauchemars.

Le Nerd (James Rolfe), plongé dans le jeu de ses cauchemars.

Suite à une série de cauchemars en lien avec l’abominable jeu, le Nerd se donne pour mission de sauver ses fans. Avec l’aide de son ami, agent, voisin et ex-collègue Cooper (Jeremy Suarez), il se dirige à l’endroit où la légende raconte que les copies non vendues du jeu auraient été enterrées afin de prouver à tout le monde que l’histoire est une farce, tuant du même coup la fascination générale portée envers le jeu. Le projet est piloté par Mandi (Sarah Glendening), qui travaille au département de marketing de Cockburn, après avoir négocié avec Cooper l’appui du Nerd au jeu Eee Tee 2 en échange du financement nécessaire pour l’excavation.

Cependant, le lieu de la fouille est situé à proximité de la Zone 51, base militaire mythique mise en vedette dans une autre légende urbaine célèbre, celle de l’écrasement d’un ovni en 1947. Comme vous le devinez peut-être, la confusion s’installe rapidement lorsque les hommes en noirs entendent le trio parler d’extraterrestres. Mais le gouvernement a-t-il raison de s’inquiéter?

Sans révéler le point culminant de l’intrigue et des portions importantes de son dénouement, difficile de ne pas applaudir le talent et l’imagination du duo en ce qui a trait à l’écriture du scénario. Le tout est bien ficelé, mais l’intrigue aurait bénéficié d’être resserrée, afin que le film soit moins un prétexte pour Finn et Rolfe pour inclure plusieurs de leurs fantasmes de réalisateurs.

Personnages

Le film permet enfin de mieux connaître le personnage qui diffuse ses critiques virulentes des pires jeux rétro sur la Toile depuis plus de 10 ans. On apprend que le Nerd est non seulement rétro dans ses jeux, mais dans l’ensemble de ses loisirs : il se connecte à Internet par le biais de son Commodore 64 et préfère sa musique en format vinyle.

Le Nerd (James Rolfe) patiente alors que son Commodore 64 tente de se connecter à Internet.

Le Nerd (James Rolfe) patiente alors que son Commodore 64 tente de se connecter à Internet.

Ses répliques – sa marque de commerce depuis ses tous débuts – sont toujours aussi savoureuses : «Your accuracy in this game as to be so precise that hitting your mark is like trying to piss into a shot glass that spinning on a record player that’s strapped to a running cheetah’s back while your riding on a unicycle blindfolded… in other words, it’s pretty hard.»

Bien qu’il ne soit pas acteur de formation, Rolfe est très convaincant dans le rôle qu’il a lui-même conçu de toutes pièces, et ses expressions faciales lui confèrent un style propre à la bande dessinée.

Comme c’est souvent le cas avec les productions indépendantes, il est facile de percevoir qui parmi la distribution n’en est pas à son premier film simplement par le jeu d’acteur. Si Glendening (Mandi) est convaincante dans le rôle de celle qui a tout intérêt à ce que le projet aboutisse, on ne peut pas en dire autant de Suarez, qui incarne Cooper, un personnage plutôt antipathique.

Mandi (Sarah Glendening), le Nerd (James Rolfe) et Cooper (Jeremy Suarez) prennent une pause-jeu.

Mandi (Sarah Glendening), le Nerd (James Rolfe) et Cooper (Jeremy Suarez) prennent une pause-jeu.

Il aurait été intéressant d’explorer davantage la notion du fan qui tente désespérément d’imiter son idole, un concept qui n’est démontré brièvement qu’une seule fois. Malheureusement, un certain manque de profondeur empêche de réellement nous attacher aux personnages principaux (seule exception, le Nerd, à condition d’être familier avec la websérie).

Du côté des antagonistes, Stephen Mendal dans le rôle du General Dark Onward est tout simplement parfait, et Helena Barrett incarne avec brio l’agente McButter, aux prises avec l’extravagance et le caractère impulsif d’Onward, qui n’hésite pas à vouloir bombarder illico quiconque est soupçonné de terroriste.

Références

Il faut savoir que James Rolfe est d’abord et avant tout un amateur de films de genre, plus spécifiquement les titres de série B des belles années. Par conséquent, AVGN : The Movie est bourré de références tantôt évidentes, tantôt plus obscures, en plus de se présenter comme un hommage à ce type de cinéma.

Par exemple, j’ai observé au moins 3 répliques tirées de la série Back to the Future – et loin d’être les plus évidentes. L’une d’entre elles (tirée du premier film) est lancée dans l’un des cauchemars du Nerd, au moment où les réalisateurs ont reproduit avec fidélité un segment d’une scène supprimée du deuxième film, offerte en extra sur l’édition DVD / Bluray de la trilogie.

N’étant pas particulièrement connaisseur des films qui ont marqués Finn et Rolfe, il y a fort à parier que d’autres références tout aussi obscures ont été intégrées au long-métrage.

Heureusement pour les cinéphiles moins avertis, d’autres clins d’œil plus évidents parsemés à gauche et à droite parviennent à faire décrocher un sourire, notamment une référence à Raiders of the Lost Ark.

Un exemple d'un certain jeu reproduit avec fidélité.

Un exemple d’un certain jeu reproduit avec fidélité.

En ce qui concerne les jeux vidéo en soi, la production a eu beaucoup de mal à libérer les droits d’utilisation, dont celui qui est le sujet principal de l’intrigue : E.T. the Extra-Terrestrial. Pour contourner ce problème, on a eu recours à une reproduction plutôt fidèle des jeux en vedette, ce qui ne nuit aucunement à l’appréciation du film.

Effets spéciaux

Malheureusement, un certain manque de profondeur empêche de réellement nous attacher aux personnages principaux (seule exception, le Nerd, à condition d’être familier avec la websérie).

Pour apprécier AVGN : The Movie, on doit comprendre que la comédie représente un hommage au cinéma de série B. Par conséquent, la majorité des effets spéciaux sont volontairement médiocres.

C’est d’ailleurs ce qui rend la qualité de production plutôt inégale. On a parfois recours à un jeu de caméra rendant certaines scènes d’action plus crédibles, tandis que d’autres scènes sont carrément grotesques ou ridicules par leur aspect low budget.

Seuls les spectateurs conscients de l’intention des réalisateurs pourront réellement apprécier le film, et je me demande à quel point cet aspect peut nuire à l’expérience d’un public moins averti.

Conclusion

En somme, Angry Video Game Nerd : The Movie est une excellente comédie pour celui qui est amateur de la websérie. Si vous n’êtes pas adepte de retro gaming ou n’avez jamais apprécié un film de série B, vous n’êtes tout simplement pas à votre place (et à la limite, je me demande pourquoi vous êtes rendu aussi loin dans votre lecture).

Peu importe vos connaissances vidéoludiques ou cinématographiques, le film traîne en longueur. Le scénario est éminemment abracadabrant, et même si une explication de l’univers déjanté que dépeint le long-métrage vient rationnaliser certaines notions aberrantes, elle ne survient malheureusement qu’à la toute fin du film.

Toutefois, cette comédie démontre le potentiel de Finn et Rolfe en tant que réalisateurs, et je suis impatient de voir quel sera leur prochain projet.

La note (sur 5) reflète l’appréciation d’un amateur de la websérie.

Évaluation

Verdict

Angry Video Game Nerd : The Movie est un excellent film pour les fans de la série. Les autres auraient avantage à passer leur tour.

Note finale : 4.0
Critères
Scénario
4
Personnages
3.5
Références
5
Effets spéciaux
2.5

Points forts

  • Scénario très imaginatif
  • Nombreuses références obscures
  • Fidélité de l'univers geek

Points faibles

  • Traîne en longueur
  • Manque profondeur des personnages
  • Ugo Bergeron

    Je suis un grand Fan du AVGN depuis ses débuts et un fan de James Rolfe en général…et je me doutais bien que ce film serait surtout destiné a nous d’abord et avant tout.

    • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

      Malgré tout, je crois qu’on aurait pu facilement couper 20-30 minutes…

  • William

    Nice, j’ai donc très hâte de voir le film la semaine prochaine! Rolfe a du talent, et pas seulement en AVGN, il a fait quelques shorts films d’horreur très intéressant, Mr Bucket et Dream Phone par exemple.