Découvrez Spoil, le service montréalais de personnalisation de cadeaux

Entrevue

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Spoil, un service qui souhaite vous simplifier la vie lorsque vient le moment d’offrir des cadeaux à vos proches, est l’une des startups les plus prometteuses du Québec. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Charles-Éric Gascon, l’un des cofondateurs de l’initiative.

Fondée en septembre 2014, Spoil n’est pas une entreprise comme les autres. Elle a en effet pour originalité d’être une surprise aussi bien pour la personne qui reçoit le colis que pour celle qui l’envoie, puisque le coffret cadeau n’est pas précisément connu par le client. Un concept étonnant créé par des anciens étudiants de l’université Concordia.

Comment résumeriez-vous simplement les services que proposent Spoil.io?

À partir d’une description de la personne qui doit recevoir le cadeau, Spoil part à la recherche du cadeau idéal correspondant à ses goûts.

Spoil est un service de personnalisation de cadeaux, en fonction des descriptions données par nos clients sur la personne qu’ils souhaitent combler. On s’occupe de tout l’aspect qui est de trouver le cadeau idéal pour cette personne-là en fonction de sa description. On collecte des informations sur la personne : parlez-moi de votre ami, c’est quoi son tempérament, ses habitudes de vie, et pour quelle raison vous voulez lui faire un cadeau? En fonction de cette description-là, on se tourne vers des professionnels du domaine dans lequel cette personne-là correspond.

Et donc quelqu’un, votre ami ou votre amoureuse, est jumelé avec l’un de nos professionnels qui sont essentiellement ceux qui font les cadeaux. Les membres de notre équipe choisissent une sélection d’items qui sont selon eux des items qui valorisent et satisfont d’une bonne façon la clientèle. On est capable de faire un match, c’est-à-dire de prendre la description de notre client est de la matcher avec des items, qui seront pour lui des items idéals.

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On fait ça selon deux façons : la première est un filtre en fonction de statistiques, ce sont des statistiques qui viennent de nos fournisseurs et de leurs filiales marketing. On a des grosses firmes avec lesquelles on travaille, qui essentiellement nous donnent toutes leurs données statistiques. Alors en fonction de la géolocalisation, de l’âge, des traits de personnalité, et cetera, on filtre certains items.

Par la suite, on présente la sélection finale à la personne qui construit le cadeau. Le professionnel s’adapte ensuite aux autres descriptions afin de fournir une touche personnelle, d’humain à humain, pour finaliser le cadeau. Et finalement, on envoie le tout à la personne en question, pour lui faire la surprise.

Donc en tant que client, on ne choisit pas parmi une liste de cadeaux, c’est bien ça?

Ce que vous faites, vous, c’est que vous nous décrivez la personne qui doit recevoir le cadeau. Personne ne sait quels items sont envoyés. Ça peut paraître un peu choquant d’envoyer un cadeau sans le connaître. Mais la première thèse de base, c’est que si je commence à tout savoir, je vais juger pour la personne à qui je veux offrir le cadeau, et ce système-là n’est pas le bon. Car cela empêche complètement l’aspect découverte et de surprise. Et vous limitez votre proche à une certaine sélection.

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Le deuxième point, c’est que si on commence à vous montrer l’item qu’on va envoyer, vous allez vouloir changer des détails comme la couleur, et vous allez commencer à chercher à gauche et à droite dans divers magasins, et après avoir perdu environ une heure de votre temps, vous allez vous retrouver devant les mêmes problèmes pour lesquels vous êtes allés sur Spoil. C’est-à-dire : «J’ai besoin d’un cadeau pour quelqu’un et je ne sais pas quoi lui donner».

Alors vraiment, le concept d’enlever cette notion de savoir ce qu’il y a dans le cadeau, fait que c’est une surprise pour les deux parties.

Et les retours des clients sont bons?

Pour vous donner une idée, le marché du e-commerce a habituellement un taux de retour entre 20 et 30%. De tous les items qu’on a envoyés jusqu’à présent, notre taux de retour est de 0,5%. Ce qui tient à prouver que la qualité de nos cadeaux est extrêmement élevée, même si on offre des retours gratuitement à l’intérieur d’un an.

Les cadeaux sont destinés à tous les sexes et tous les âges?

«Notre talent, c’est d’être capable de trouver les bonnes personnes pour choisir le bon cadeau.»

Absolument. On a une base de fournisseurs avec lesquels fait affaire pour nos cadeaux, de façon plus ou moins constante. On a une assez bonne sélection. Et à chaque fois qu’on reçoit une commande, qui est à l’extérieure des items que l’on a, on sort de notre inventaire personnel pour aller l’acheter à plein prix dans les marchés. On ne mise pas seulement sur notre inventaire. Fondamentalement, notre inventaire, c’est la planète Terre.

Notre talent, c’est d’être capable de trouver les bonnes personnes pour choisir le bon cadeau. Par exemple, ce matin, on a eu un client qui voulait offrir un cadeau à une personne de 91 ans. Dans ce cas, on va se tourner vers la personne qui est la plus apte à gérer cette tâche-là.

Quelles sont les statistiques de vos clients?

La majorité de nos clients qui envoient des cadeaux sont des hommes, et la majorité des personnes qui reçoivent des cadeaux sont des femmes. L’âge moyen est entre 27 et 45 ans en région urbaine, sur les côtes canadiennes et américaines. On parle des grosses villes comme New York, Boston, San Francisco, Vancouver, Montréal, Toronto…

Si j’utilise le service deux fois pour ma blonde, y a-t-il un risque qu’elle reçoive le même cadeau?

Non, car on apprend sur l’utilisateur. Je vais même pousser votre question un petit peu plus loin. Si vous envoyez un cadeau à votre blonde aujourd’hui, et que demain son meilleur ami lui envoie un cadeau [également par le biais de Spoil], est-ce qu’il y a une chance que ce soit le même? Non. Les cadeaux qui sont transmis à une personne restent tout le temps dans le dossier de celle-ci. On saura donc ce que l’on a envoyé à votre blonde dans le passé, qu’elle a reçu XYZ item. Une fois qu’elle reçoit sa surprise, elle peut donner ses commentaires sur les items qu’elle a reçus sur notre site.

Ce qui fait que plus de spoils sont envoyés à la même personne, plus on apprend sur cette personne-là, et plus on est capable de créer un meilleur cadeau. C’est un peu comme les services musicaux comme Spotify ou Pandora qui apprennent sur les habitudes d’écoutes d’une personne : on devient meilleur à donner un cadeau à la personne avec l’habitude.

Mais la personne qui reçoit le cadeau donne-t-elle forcément son avis sur Spoil?

Elle doit se rendre sur Spoil pour aller chercher la note personnelle qui a été laissée par l’émetteur du cadeau. Quand vous envoyez un Spoil, à l’intérieur du colis, il y a une carte avec un code qui vous permet d’aller voir une note personnelle. Après l’avoir lue, au bas de la page, la personne peut évaluer son appréciation du cadeau avec un système d’étoiles. On est ainsi capable de récolter de l’information de façon très simple et facile.

Spoil n’est disponible qu’en anglais malgré une présence au Québec. Pourquoi?

«Montréal est le marché qui nous a permis de nous lancer dès le début, et le nombre de demandes pour avoir un site en français par rapport au taux de fréquentation n’a jamais été un problème pour nos clients.»

Nous sommes une entreprise montréalaise. Cependant, on vient d’ouvrir un autre bureau en Californie, car c’est le hub de la technologie qui nous aidera à croître. En ce moment, Spoil est malheureusement complètement en anglais.

Ça sonne très simple de dire qu’on aimerait ça avoir un site en français, mais on parle de quelque chose de relativement très gros comme changement. Montréal est le marché qui nous a permis de nous lancer dès le début, et le nombre de demandes pour avoir un site en français par rapport à notre taux de fréquentation, ça n’a jamais été un problème pour nos clients. C’est quelque chose qu’on s’attend à faire d’ici les trois prochains mois, mais pour l’instant, ça n’a jamais vraiment créé de problème.

Et pensez-vous offrir vos services ailleurs, notamment en Europe?

On reçoit des demandes quasiment à tous les jours sur des projets d’expansion en Angleterre, en France… Mais je vous dirai en toute honnêteté que l’Asie est le prochain territoire que l’on vise. Pour la simple et bonne raison que l’Asie est un continent qui est plus homogène que l’Europe. Les coutumes ou encore les fêtes nationales sont très différentes en France, en Allemagne, en Belgique, etc. Il y a tellement de pays avec des cultures différentes que pour nous, entrer en Europe nécessiterait beaucoup d’efforts pour être capable d’envoyer les bons items aux bonnes personnes. C’est une différence que l’on observe moins entre le Canada et les États-Unis. Donc on cherche des marchés qui sont capables de répondre à ces critères là.

Comment se sont passés vos débuts?

On a lancé notre service en septembre 2014, et dès le premier jour, on a reçu 50 commandes. Depuis, on ne cesse de se développer.

Et pourquoi le nom Spoil?

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On a décidé de choisir le nom Spoil pour refléter le fait qu’on veut gâter nos clients. C’est le sentiment qu’on veut donner à travers notre site web. Lorsque nos clients utilisent nos services, nos cadeaux ne sont pas des cadeaux, c’est vraiment quelque chose qui va plus loin qu’un cadeau, c’est gâter quelqu’un, c’est quelque chose qui est beaucoup plus pensé, beaucoup plus profond qu’offrir un cadeau.

Spoil est un mélange de surprise, puisque vous recevez un cadeau et vous ne savez même pas que quelqu’un vous l’envoie. Et aussi parce que les items sont choisis en fonction de vous. Ainsi, on a vraiment la réaction «Wow! Comment ça se fait qu’il savait que je voulais ça?».

Et pourquoi un domaine .io, et non un .com?

La seule raison, c’est qu’on n’a pas été capable d’acheter le .com. On est en négociation pour l’avoir, mais disons qu’ils demandent un assez gros prix…

Combien avez-vous d’employés? Comment sont-ils répartis entre Montréal et la Californie?

On est rendu à six employés au total, et c’est un chiffre qui grandit rapidement. On a besoin d’engager deux autres employés bientôt, et là, avec la logistique Montréal-Californie, ça va grossir assez vite dans les prochains mois.

Je m’occupe du développement des affaires en Californie. Toute la production, les ingénieurs et la logistique, tout est au Canada.

Qui sont vos actionnaires?

Les cofondateurs de Spoil : Cristian Asenjo, Charles-Éric Gascon, Mikhail Levkovsky et James Traf.

Les cofondateurs de Spoil : Cristian Asenjo, Charles-Éric Gascon, Mikhail Levkovsky et James Traf.

Il y a moi, Cristian Asenjo, Mikhail Levkovsky et James Traf, les quatres cofondateurs et actionnaires de Spoil.

Avez-vous déjà réalisé des levées de fonds et comptez-vous en réaliser dans le futur?

On vient justement d’annoncer notre première ronde de financement sur TechCrunch, en collaboration avec un accélérateur californien qui s’appelle Y Combinator. C’est l’un des accélérateurs les plus reconnus de la vallée. Ils vont former l’entreprise pour qu’elle croisse assez rapidement lors des trois prochains mois. Et dans trois mois, on présentera l’entreprise pour notre deuxième ronde d’investissement pour un capital qui nous permettra plus de croissance de marché.

Actuellement, on est plutôt concentré sur le produit, pour vraiment créer un produit que les clients aiment, qu’ils soient satisfaits, qu’ils reviennent et qu’ils soient capables d’en parler. Une fois qu’on aura établi comment plaire à nos clients à 110%, on commencera la deuxième ronde de financement.

Avez-vous des concurrents en Amérique du Nord et ailleurs?

Si on regarde dans le monde du cadeau, il y a beaucoup de concurrence. Mais des entreprises qui partagent le même concept, il n’y en a pas. On a vraiment essayé de chercher pour en trouver, mais sans succès.

Êtes-vous satisfait de la médiatisation dont vous avez fait l’objet ces derniers temps?

Nous sommes très satisfaits sur les articles qui sont sortis sur nous récemment. Tout le monde aime parler des cadeaux et tout le monde aimer parle des entreprises qui rendent les gens heureux. Alors on est très satisfaits jusqu’à présent.

Que conseillez-vous à quelqu’un qui voudrait lancer sa propre startup au Québec?

«La théorie voulant qu’on pense à une idée, qu’on se lève le lendemain et puis que l’entreprise est partie pour la gloire et qu’on est persuadé d’avoir des ventes, ce n’est pas la réalité.»

Le premier conseil que je pourrais donner, c’est de ne jamais, jamais, jamais lâcher.

Ça a l’air beau en ce moment de nous dire qu’on est une entreprise qui fonctionne, qui croît extrêmement rapidement, mais ça nous a pris à moi et aux trois autres cofondateurs deux ans d’essais-erreurs et différentes entreprises qui n’ont pas fonctionné avant d’être capables d’arriver à un concept qui fonctionne. La théorie voulant qu’on pense à une idée, qu’on se lève le lendemain et puis que l’entreprise est partie pour la gloire et qu’on est persuadé d’avoir des ventes, ce n’est pas la réalité.

On a été soutenu depuis le début par District 3, un incubateur de technologie à l’intérieur de l’université Concordia. L’écosystème d’entrepreneur en technologie à Montréal est extrêmement fort, et on commence à avoir de belles entreprises, comme Beyond The Rack, qui sont mises de l’avant, et leurs fondateurs sont toujours présents pour nous aider. On a reçu beaucoup de soutien de leur part.

Que vous apporte votre présence en Californie?

Montréal est une très bonne plateforme côté coût, de la main d’œuvre, mais pour ce qui est du développement des affaires, le marché américain est dix fois plus gros que le marché canadien. Et évidemment, la Silicon&nbp;Valley est la terre du e-commerce et de la technologie. Et c’est vraiment l’endroit où être pour lever du capital et être capable de structurer une entreprise, et d’avoir une croissance nord-américaine plus que canadienne.

Alors notre but en intégrant Silicon Valley, c’est vraiment d’être exposé au marché américain, de nous montrer de l’avant, comme une entreprise canadienne capable de devenir un leader dans le marché américain. C’est donc important pour nous de s’établir dans la maison mère de la technologie, et de dire qu’on est une entreprise canadienne et de vous montrer qu’on est capable de percer le marché américain.

  • ChristianB

    «l’une des startups»

    On doit dire: entreprise en démarrage.

    • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

      Merci pour ce commentaire. Nous allons toutefois continuer d’utiliser exceptionnellement cet anglicisme.

      • Geneviève

        Personnellement, je trouve les anglicismes très pratique lorsqu’ils sont utilisés à bon escient :)

    • xfinity

      « Jeune pousse », ici, en France.
      Comme bien souvent ici, l’anglicisme prend le pas sur le terme français décidé par l’Académie Française…

      • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

        De toute façon, le terme startup est utilisé dans la majorité des sites spécialisés en technologie, tant en France qu’au Québec.

        Le choix de certains mots, particulièrement lorsqu’il est question des nouvelles technologies, n’est pas toujours évident lorsque nos lecteurs proviennent de toute la francophonie. Par exemple, les sites français privilégient l’utilisation de l’anglicisme smartphone, alors que nous parlons de téléphone intelligent au Québec.

        Même chose en ce qui a trait à la pile dudit téléphone : le terme batterie est perçu comme un anglicisme ici (une batterie est logiquement composée de plusieurs accumulateurs, par exemple celle d’une voiture), tandis qu’une pile en France est généralement interprétée comme étant une pile jetable, impossible à recharger.

        Le respect de la langue française est important pour Branchez-vous, mais pas au détriment d’alourdir inutilement le texte.

        • xfinity

          Oh cela ne me choque en rien. Nous sommes très souvent sous le règne de l’anglicisme ici. Donc en trouver – même sur un site québecois – n’est pas dérangeant. Mais c’est vrai qu’il me faut parfois une certaine gymnastique intellectuelle pour certains mots au début : les téléphones intelligents en est le parfait exemple.

          • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

            Je crois que nous sommes rendus à un stade où l’on peut simplement parler de téléphone tout court, ou téléphone mobile lorsque l’on veut éviter de créer la confusion avec le téléphone à ligne fixe.