Misogynie 2.0 : harcèlement et violence en ligne

Lettre ouverte

Québec

«Suivant la logique de la misogynie en ligne, le droit d’une femme à la liberté d’expression est beaucoup moins important que le privilège que s’accorde un homme de la punir pour s’être exprimée librement.» — Laurie Penny, Cybersexism

Nous sommes féministes. Nous partageons nos idées sur le Web. Et nous sommes unies par l’expérience de la misogynie latente qui ronge Internet, les médias sociaux, notre vie publique, notre vie privée.

Lorsque nous prenons la parole sur le Web, surtout pour dénoncer la violence sous toutes ses formes que subissent les femmes, le retour de bâton s’associe à une pluie d’insultes et de menaces : «Conne», «J’vais te venir dessus», «Féminazie», «Ostie, j’te fourrerais avec ta p’tite jupe», «Sale chienne», «Grosse truie», «Je te cockslaperais jusqu’à ce que tu fermes ta yeule», «Tu mérites de te faire gang raper», «Tu ne devrais pas avoir le droit de te reproduire», «Impossible qu’elle se fasse pénétrer par un homme sans qu’elle crie au viol», «Fermez don’ vos gueules… pendant qu’elles ferment encore!» Ceci n’est qu’un échantillon du refrain entonné ad nauseam par les graphomanes misogynes qui sévissent sur la Toile. Ces mots témoignent d’un sexisme, d’un antiféminisme, voire d’une haine des femmes si répandue qu’ils frôlent désormais la banalité.

Le cybersexisme est omniprésent dans les conversations en ligne. Il imprègne les fils de commentaires sur les réseaux sociaux et sur les blogues, partout où les femmes prennent la parole dans l’espace public virtuel. Il prend diverses formes : paternalisme, infantilisation, «mansplaining», surveillance, attaques personnelles, «slut-shaming», «fat-shaming», diffusion publique de données personnelles, attaque à l’intégrité physique, menace de viol et de mort, etc. Cette violence misogyne prend une consonance particulière alors qu’elle s’exerce avec des accents racistes, islamophobes, xénophobes, transphobes ou lesbophobes.

De telles attaques cherchent intentionnellement à humilier et à effrayer les femmes pour les exclure du débat public, les museler ou les réduire à la plus simple expression du préjugé culturel et des stéréotypes de genre auxquels on les associe.

Certes, cela n’a rien de nouveau : le sexisme précède l’écran. L’écran offre toutefois des possibilités de techniques nouvelles à l’expression de la haine envers les femmes. Les canaux sont multiples : mots-clics, sites web, tribunes médiatiques, pages Facebook, événements… Souvent, l’anonymat permet à la misogynie de se répandre en toute impunité.

Les recours sont restreints. Répondre aux commentaires sexistes demande beaucoup d’énergie. L’antiféministe de fond moyen considère toute réaction sur le Web à ses propos comme l’acte d’une hystérique. Retirer leurs commentaires? Il s’en trouvera pour parler de censure : comme si la liberté d’expression incluait l’injure et les discours haineux. Porter plainte? Quoiqu’une menace soit toujours virtuelle, une menace issue du Web sera traitée avec peu de sérieux. Tout se passe comme si le cybersexisme était socialement acceptable, normal, et qu’y réagir était la pire des choses à faire : «ignore-les», «t’as pas la couenne bien dure», «t’as pas le sens de l’humour», «parlez-en en mal, parlez-en en bien, mais parlez-en». La violence bien réelle que subissent les femmes dans l’espace virtuel est banalisée, et les auteurs de cette violence disculpés.

Nous déplorons cette situation et demandons à ce que la prise de parole des femmes de tout horizon soit respectée. Le Web et les réseaux sociaux sont des lieux hostiles aux femmes, surtout lorsqu’il s’agit d’exprimer des idées féministes. Pourtant, ces lieux d’expression sont de plus en plus déterminants : nous en éloigner est brimant et limitatif. Nous souhaitons qu’une discussion collective s’engage afin de faire du Web un lieu respectueux pour chacune.

Aussi, il nous appert que les comités éditoriaux des médias sur les plateformes numériques jouent un rôle crucial dans la lutte contre le cybersexisme. Nous les interpellons aujourd’hui en soulignant leur responsabilité sociale dans la création d’un environnement sain pour le débat. Nous suggérons l’adoption de politiques concernant les contenus publiés et une pratique adéquate de la modération favorisant le dialogue entre collaboratrice et lectorat. La cyberviolence est un phénomène grave, qui, combinée au sexisme, nuit à la diversité éditoriale.

Rappelons également que le Code criminel canadien contient des dispositions relatives aux discours haineux reposant sur des motifs liés à la race, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, l’appartenance religieuse, mais aucune sur la discrimination sur le genre. Il n’y a pas d’outil pour contrer la propagande haineuse à caractère sexiste, notamment sur Internet. Il est temps que les femmes disposent d’outils légaux pour se défendre et que des modifications soient apportées à la Loi.

La violence misogyne, l’intimidation et le sexisme en ligne doivent être traités avec le même sérieux que n’importe quelle autre forme de discours haineux. Ce n’est présentement pas le cas. Donnons-nous les outils pour renverser cette tendance. Ensemble, on peut faire en sorte que la violence sexiste 2.0 soit renversée au Québec.

Signataires

Ericka Alneus
Dalila Awada
Isabelle Baez
Magenta Baribeau
Marie-Andrée Bergeron
Mélissa Blais
Marie-Anne Casselot
Léa Clermont-Dion
Alexa Conradi
Marielle Couture
Sissi de la Côte
Martine Delvaux
Elise Desaulniers
Toula Drimonis
Emilie E. Joly
Catherine Gendreau
Véronique Grenier
Roxanne Guérin
Marilyse Hamelin
Johanne Heppell
Marie-Christine Lemieux-Couture
Sarah Labarre
Sophie Labelle
Aurélie Lanctôt
Widia Larivière
Valérie Lefebvre-Faucher
Judith Lussier
Ikram Mecheri
Rim Mohsen
Isabelle N. Miron
Mélodie Nelson
Emilie Nicolas
Françoise Pelletier
Geneviève Pettersen
Elizabeth Plank
Marianne Prairie
Sandrine Ricci
Caroline Roy Blais
Annelyne Roussel
Tanya St-Jean
Carolane Stratis
Josiane Stratis
Kharoll-Ann Souffrant
Emmanuelle Walter
Cathy Wong
Lora Zepam

Blogues et organisations

Assignée garçon
Feminada
Françoise Stéréo

Je suis féministe

Je suis indestructible

La semaine rose

Mauvaise Herbe

Mots dits (Journal Mobiles)
  • Jean Nemarre

    Malheureusement, de façon générale, plusieurs se servent d’internet pour dire les pires horreurs qui leur passe par la tête en se pensant totalement anonyme.
    Ces même personne ne diraient jamais ce genre de choses en public ou même souvent en privé, c’est la relative anonymat sur internet qui laisse libre cours à leur haine.

    C’est probablement semblable à certains qui lorsque seuls dans leur voiture disent les pires insultes et menaces à tous ceux qui croisent leur chemin, mais sont courtois lorsqu’ils ont des passagers. (Lorsque l’un d’eux oublie qu’il a baissé sa vitre, ça laisse tout le monde autour entendre sa rage…)

    Si dans les cas de menaces les plus graves les autorités doivent être contactées, étant donné le nombre de message du genre qui circulent sur le net, leurs moyens d’actions sont beaucoup plus limités pour les insultes ou commentaires dégradants.
    Pour les commentaires sur les sites d’actualités, une bonne modération peut écarter les indésirables, mais pour les média sociaux, les moyen d’action sont plus limité. Des lois plus sévère enverraient un message, mais les policier n’auront jamais les effectifs pour retracé et poursuivre tous ceux qui envoient ce genre de messages.
    La prévention et l’éducation peuvent aussi aider, mais il restera toujours des « gros colons pas de classe » qui vont sortir se genre de commentaires. Les trolls et les imbéciles sont le revers de la liberté d’expression sur internet, mais ça n’empêche pas de s’opposer à ces commentaires et leurs auteurs

    • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

      Je suis d’accord avec vous. Toutefois, j’ai trop souvent croisé des commentaires inacceptables de personnes à visages découverts. La notion d’anonymat sur le Web semble tomber progressivement depuis ces dernières années, une chute provoquée par la popularité de réseaux sociaux comme Facebook qui imposent à leurs membres d’utiliser leur réelle identité. Comme si trop d’utilisateurs étaient conditionnés à dire tout le mal qu’ils pensent sur tout, sans réfléchir aux conséquences ou en manifestant leur envie compulsive d’attirer l’attention sur eux à tout prix en semant la controverse.

  • Armandrik

    Je rêve d’un monde où l’on cessera de faire des distinctions entre les sexes et les ethnies afin de nous considérer comme un seul et même tout, la race humaine. Lorsque je lis un commentaire, lorsque je débats d’une idée, ce n’est pas la nature de la personne qui émet son opinion que j’analyse, mais bel et bien cette idée en soi. Que cette dernière soit émise par une femme, un homme un homosexuel, un transgenre, un extra-terrestre, je m’en fous. L’Idée, voilà ce qui importe. Critique l’idée, le propos…et rien d’autre.

  • Mirek

    On pourrait également parler de misandrie. Un phénomène particulièrement très fort au Québec (émission de TV, publicité, emploi, etc).

    Les phénomènes d’harcèlement et de dénigrement, ça touche tout le monde, peut importe le sexe ou l’ethnie.

    Mettons fin à la sur-féminisation des problèmes.

    • Catherine Gendreau

      On pourrait aussi parler de la faim dans le monde et de la disparition du Crystal Pepsi. Sauf que le sujet ici est la violence systématique à l’égard des femmes qui prennent la parole sur le Web.

      • Luc Lefebvre

        Je pense que le sujet ici devrait être la violence systématique en lien avec le sexe et/ou l’orientation sexuelle. Dans cet article on parle plus particulièrement des femmes, mais je crois que le texte à des objectifs beaucoup plus larges.

        • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

          Peut-être. Mais ce qui rejoint le collectif derrière cette lettre ouverte est la féminité de ses membres. Elles ont choisi de parler du problème qui les touche, et cela ne signifie en rien qu’elle ne condamne pas toute forme de discrimination. Tout n’est pas noir ou blanc.

  • Marcelle Hamelin

    Je partage et je suis féministe……on avance mais très lentement vers une liberté d’expression. il y a encore des femmes qui sont sous payé parce qu’elle sont des femmes.. souvent les femmes se retrouve sur l’aide sociale car elle se sépare et ont des enfants La pauvreté est souvent vécu par les femmes et les enfants et les personnes âgés….

  • Laurence Tite Menthe

    Sans mettre trop d’accent sur certains signataires proche de la mouvance marxiste et du féminisme radical qui en découle, il y a une contradiction flagrante dans deux points énumérés dans la lettre.

    D’une part, on « dénonce » l’inaction du système judiciaire criminelle [besoin de citation] pour traiter les menaces proférées sur le web mais du même coup, on s’indigne que les femmes ne sont pas considérés comme un groupe identifiable au sens de la loi alors que cette même loi doit est administré par les même corps policiers et tribunaux soi-disant insensible aux menaces.

    Si le pouvoir exécutif et judiciaire n’applique pas les lois déjà existantes selon la primauté du droit (Rule of Law), comment va-t-on appliqué les nouvelles lois exigées par ces groupes de pression? Mystère… sauf si on veut changer le code criminel pour étendre la notion de dommage dans les commissions des droits de la personne et donner des munitions aux législateurs provinciaux pour étendre la notion de « discrimination sexiste ».

    Il faut rappeler que les gouvernements se sont souvent cassés les dents lorsque vient le temps de déposer des chefs d’accusations criminelles pour des propos racistes (David Ahenakew, Marc Lemire), négationnistes (Ernst Zündel) ou du matériel obscène dégradant envers les femmes (Rémy Couture)

    Ces signataires se cachent derrière des propos racistes et sexistes pour donner d’avantage de pourvoir aux gouvernements dans le but d’instaurer le délit d’opinion ainsi que de museler leurs adversaires idéologiques et politiques.

  • égalitépourtous

    Je suis pansexuel-lle et féministe. Je ne remets pas du tout en cause la teneur de l’article mais juste certaines formulations -ou absence d’évocations- malencontreuses, « nous sommes uniES par l’expérience de la misogynie », etc.

    Le feminisme, même si le nom peut être trompeur pour beaucoup, n’est pas sensé avoir de genre… Le feminisme prône l’égalité et condamne le sexisme en général, même si la priorité de tribune est souvent donnée aux droits des personnes se considérant du genre femme (peut-être à raison, on pare au plus urgent, mais ce n’est pas ici la question que je veux aborder). Ce qui est le plus ennuyeux je trouve dans cet article, c’est l’absence totale d’évocation du sexisme touchant le genre homme (et pourtant bien bien présent…) et de la prise en compte de cette cause par le féminisme… pour quelqu’un n’ayant pas auparavant été sensibilisé il y a fort à parier que le quiproquo ne sera pas bien loin après lecture, je pense que cela peut en rebuter beaucoup, plus qu’autre chose. Il est de la responsabilité de toutes les personnes parlant au nom du féminisme de s’assurer qu’aucune amputation hasardeuse, volontaire ou non, du mouvement ne vienne à force à le priver de toute crédibilité auprès de la moitié de la population qu’il cherche à interpeller.

    Eviter à terme ce genre de travers : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1120329-numericable-et-ses-2-pubs-sexistes-un-coup-de-comm-efficace-comme-un-bulldozer.html
    Pour rappel, il s’agit de la publicité misogyne que Numéricâble a médiatisé l’année passée, en réaction au bad buzz qui a suivi l’entreprise s’est empressée de médiatiser la même publicité, anti-hommes cette-fois, jouant sur un pseudo égalitarisme biaisé qui a finalement fait mouche sur pas mal de monde. Glauque. Permis par un sérieux manque d’information et un souci latent de doubles standards, un super coup de pub, même avec des fondations pourrissantes on en parle et c’est tout ce qui compte.

  • etsdsfsf

    Ridicule.