La mort de l’anime est inévitable selon le créateur d’Evangelion

Le vent se lève

Hideaki Anno, créateur de la célèbre série Neon Genesis Evangelion, pense que les jours de l’industrie de l’animation japonaise telle que nous l’avons toujours connue sont comptés.

Dans le cadre d’une entrevue avec l’agence de nouvelle russe RIA Novosti, Anno s’est exprimé sur l’avenir de l’anime. Selon ses prédictions, celle-ci serait sur le point de disparaître, ou du moins d’être profondément transformée, à moyen terme.

«Le Japon ne sera tout simplement plus le centre du monde en matière d’animation. Peut-être que d’ici cinq ans, les yeux seront tournés vers Taiwan.»

«L’animation japonaise est en déclin», déclare le réalisateur. «Elle a déjà atteint son paroxysme. Elle meurt. Elle tombe. Après son effondrement, il y aura sans doute une renaissance. La question est : combien de temps les gens seront-ils prêts à attendre avant son retour?»

Bien entendu, le genre ne va pas disparaître complètement. Mais à ses yeux, l’industrie a évolué au point où – pour des questions de rentabilité ou de contexte au sens large – les studios nippons ne sont plus en mesure de prendre les risques nécessaires à la production d’œuvres intéressantes ou recherchées.

«Le Japon ne sera tout simplement plus le centre du monde en matière d’animation. Peut-être que d’ici cinq ans, les yeux seront tournés vers Taiwan», explique-t-il, avant de raconter qu’il y a effectué un voyage récemment, et qu’il a été agréablement surpris par la passion et l’énergie qu’il a ressentis chez les dessinateurs qui travaillent sur des projets d’animes.

Hideaki Anno, créateur de la série Neon Genesis Evangelion (Image : RIA Novosti).

Hideaki Anno, créateur de la série Neon Genesis Evangelion (Image : RIA Novosti).

À ses yeux, au Japon, l’animation se dirige dans une profonde inertie. Heureusement, le réalisateur n’est pas totalement pessimiste : il croit que l’industrie japonaise doit assouplir ses méthodes, comme adopter davantage la modélisation par ordinateur, et trouver de nouvelles façons de créer des animes qui sortent des sentiers battus. Le modèle d’affaires des studios japonais n’est tout simplement pas viable dans les circonstances économiques actuelles du 21e siècle.

Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage qu’est Anno, on pourrait le décrire comme un artiste extrêmement introverti, voire quelqu’un qui est perpétuellement en crise existentielle, qui n’accorde que rarement d’entrevues. Malgré l’extrême popularité de la série Neon Genesis Evangelion, la «reconstruction» des épisodes télévisés en version cinématographique haute définition (incluant également un scénario fondamentalement différent) tarde à aboutir. Alors que le premier film a pris l’affiche en 2007, le dernier de cette tétralogie est toujours en chantier, et aucune date de lancement n’a encore été annoncée.

Anno a d’ailleurs pris une pause de ce projet en 2013 pour prêter sa voix au personnage de Jirō Horikoshi dans le film d’animation Le Vent se Lève du réalisateur Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Mon Voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro).

  • Tentacle-Sama

    Parler de la mort de l’anime, j’ai un très gros doute. Effectivement, il y a un déclin au niveau des studio indépendants et les gros studio se concentrent sur ce qui rapporte le plus, donc les projet originaux plus risqués financièrement sont plus rares.
    Ce n’est pas spécifique à l’animation, le cinéma américain a exactement le même problème présentement.

    Ça n’empêche pas à ce qu’il y ai quelques perles chaque saison, mais elles sont effectivement moins nombreuses qu’avant.

    En même temps, l’industrie ne peut pas survivre sans être rentable, donc si les séries « publicitaires » (séries dérivés de jeux de qualité parfois douteuse pour faire vendre plus…) et les ecchi bourrés de fan-service rapportent et que ça donne une base financière suffisante au studio pour entreprendre des projets plus risqué, c’est mieux ça que de n’avoir que des projets sans originalité.