La Tesla Model S, une voiture pour les geeks?

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Que vaut une Tesla au quotidien? Est-ce seulement une voiture de luxe, un caprice pour les riches de la Silicon Valley? Pour répondre à ces questions, j’ai essayé une Model S 85D en compagnie de son propriétaire.

Avec l’arrivée imminente de la Model X, c’est un bon moment pour évaluer où en est l’entreprise californienne dirigée par le charismatique Elon Musk.

On est loin de Détroit

Premier constat, la Model S a vraiment un look distinctif. Sans être extravagantes, les lignes aérodynamiques plaisent et transpire le luxe. Comme dans bien des industries, le design est une des clés vers le succès. Contrairement à d’autres manufacturiers qui offrent des véhicules hybrides fades ou trop excentriques, Tesla a visé juste avec une image pure, simple et distincte.

Mais les comparaisons avec les constructeurs classiques s’arrêtent ici. La Model S est fabriquée presque exclusivement d’aluminium, ce qui est rare en automobile. Ce choix de matériel n’a rien d’anodin considérant un poids total de plus de 2 000 kilos. Une BMW de série 5, comparable en taille, est plus légère de 300 kilos.

Une des cellules de la Tesla Model S.

Une des cellules de la Tesla Model S.

Le quart du poids de cette Tesla est dédié au compartiment de piles. C’est un gros bloc plat vissé sous le plancher du véhicule composé de plus de 7 000 cellules qui ressemblent à de longues piles AA.

La jeunesse du constructeur transparaît dans la finition du véhicule. L’aluminium étant plus difficile à travailler que les alliages utilisés habituellement dans la fabrication d’automobile, les joints entre les pièces de carrosserie sont moins bien ajustés que sur d’autres berlines de luxe.

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Pour les hivers québécois, le mauvais positionnement du bouchon de liquide de lave-glace annonce des dégâts lors des remplissages, tandis que les fenêtres électriques, si elles gèlent, peuvent compliquer l’ouverture et la fermeture des portières.

À l’intérieur du véhicule, il y a aussi des omissions qui ne passent pas inaperçues. Il n’y a pas de vide-poches dans les portières et la console centrale n’est offerte qu’en option – une aberration!

On n’achète pas une Tesla Model S de l’année 2015 ou 2016, on achète simplement une Model S. L’équipement et la construction du véhicule sont en constante évolution.

Décrite de cette façon, la Model S semble pleine de défauts. Ce serait dramatique si la compagnie n’assumait pas ses fautes. Au contraire, Tesla bâtit ses véhicules de façons itératives avec des corrections à la volée sur la chaîne de montage et lance des campagnes de rappels volontaires (bulletins de service) sur ses véhicules.

Même chose pour les entretiens, les Tesla n’ont pas de programme tel que nous sommes habitués. Vous n’irez pas au centre de service Tesla à chaque 6 000 ou 8 000 kilomètres. Les visites se feront au besoin et lors de rappels importants.

D’ailleurs, on n’achète pas une Tesla Model S de l’année 2015 ou 2016, on achète simplement une Model S. L’équipement et la construction du véhicule sont en constante évolution. Ça ne vous rappelle pas l’industrie du logiciel?

Rouler au volant d’une Tesla Model S 85D

Sur la route, la Model S 85D se comporte comme une grande berline de luxe. Son empattement et son poids nuisent à une conduite nerveuse et sportive. Par contre, ses accélérations sont impressionnantes, remercions les 2 moteurs et ses 4 roues motrices (un atout en hiver). La puissance du moteur électrique compense pour le surpoids. Les freinages sont très efficaces grâce au frein moteur adossé à d’immenses freins à disque aux 4 roues.

La version à l’essai était équipée d’une suspension ajustable qui améliore le coefficient d’aérodynamisme à haute vitesse en abaissant le centre de gravité. Détail amusant, cette suspension peut être programmée pour surélever la voiture dans des lieux où les pentes sont plus abruptes ou la chaussée très cahoteuse. L’ordinateur de bord retient cette information.

L’absence d’un moteur à essence élimine aussi les vibrations associées à ce type de motorisation. La voiture est confortable et silencieuse évidemment. C’est ce à quoi l’on s’attend d’un véhicule de cette gamme.

Une voiture par et pour les geeks

Passons aux choses sérieuses. Le cœur de toutes les Tesla et ce qui en fait des voitures vraiment différentes est l’ordinateur de bord qui contrôle tout! Contrairement à une voiture classique où l’ordinateur qui contrôle le moteur est discret et où le centre de divertissement semble sorti tout droit d’un mauvais film de science-fiction, dans une Tesla les deux écrans géants nous mettent l’eau à la bouche. Nous sommes maintenant tellement accoutumés aux écrans tactiles qu’on voit le tableau de bord d’une Tesla comme un gros gadget.

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Devant le conducteur, l’écran couleur sert à donner de l’information complète au sujet du comportement du véhicule et de son autonomie. Les multiples capteurs se voient accorder une place pertinente en cas de besoin : détection de proximité, température, etc.

Au centre du tableau de bord, les boutons sont remplacés par un écran de 17 pouces de diagonale. En haut de cet écran, une série de raccourcis permet de rapidement passer d’une application à une autre. Pour bien rentabiliser l’espace, deux applications peuvent être superposées l’une à l’autre. Par exemple, une fenêtre de navigation en haut et nos contrôles de musique en bas.

Cette immense surface interactive réduit la quantité de boutons dans la voiture de façon impressionnante. Pour des raisons de sécurité et de convenance, certains contrôles restent tout de même accessibles : clignotants, feux d’urgence ou contrôle des fenêtres électriques.

Une Tesla neuve est équipée d’une connexion de données (réseau 3G) d’une durée de 4 ans aux frais du fabricant. Les services compris sont la navigation incluant le trafic et le service de musique en continu Slacker. Cette voie de communication sert aussi à la mise à jour du logiciel de la Tesla et à l’échange d’information de diagnostic. Tesla sait si votre véhicule va mal. Ou bien, comme c’est arrivé dans une récente mise à jour, le fabricant a augmenté la puissance de la Model S en optimisant la gestion du moteur.

Sensibilité de geeks oblige, le véhicule peut aussi se connecter au réseau Wi-Fi de votre maison ou de votre chalet. Il est, entre autres, possible de programmer l’ordinateur de bord de la Tesla afin qu’il reconnaisse où est votre domicile pour vous présenter automatiquement le bouton d’ouverture de votre porte de garage.

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Une application complémentaire est disponible sur iOS ou Android. On y contrôle la recharge de notre véhicule, on peut aussi y démarrer l’air conditionné. Des fonctionnalités de sécurité sont aussi incluses comme le repérage, le verrouillage ou le démarrage du véhicule sans clé.

Une communauté

Être propriétaire d’un véhicule électrique a encore ses inconvénients. Même si l’autonomie annoncée d’une Model S est d’un peu plus de 400 kilomètres, les stations de recharges ne sont pas aussi abondantes que les stations-service et, surtout, la recharge peut-être très longue sur une borne de basse puissance. Le logiciel embarqué connaît l’emplacement et la puissance de la plupart des bornes commerciales ou publiques. Si on se connecte à une borne inconnue, l’information est relayée à Tesla pour un ajout à la base de données. Notez que l’ordinateur de bord avise les passagers s’il considère qu’on s’éloigne trop des bornes de recharge connues : c’est à vos risques!

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Vu le volume limité de véhicules électriques, si on s’éloigne des grands centres, ces bornes se font rares, c’est ici où la communauté de propriétaire devient importante. Par l’application PlugShare, il est possible de partager votre borne domestique avec d’autres propriétaires de véhicules électriques. Sans compter la multitude de forums et de groupes qui partagent une passion pour ces véhicules et ce «mode de vie».

Ce que l’avenir nous réserve

À la différence des voitures typiques, une Tesla évolue tout au long de son existence. Un peu comme un téléphone mobile est la plateforme matérielle à un système d’exploitation, une Tesla recevra des mises à jour tant et aussi longtemps qu’elle sera supportée.

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On sait déjà que Tesla prépare le lancement de son pilote automatique qui exploitera tous les capteurs et caméras pour rendre le véhicule pratiquement autonome : suivi de voie, vitesse de croisière, distance de sécurité, zone de sécurité autour du véhicule, stationnement automatique, lecture des panneaux de signalisation comme les arrêts ou limites de vitesse. Tout ça activé par une simple mise à jour gratuite, pourvu que la voiture soit équipée de tous les capteurs requis (en option).

On achète ou on n’achète pas?

L’essai d’une Tesla Model S 85D m’a permis de démystifier le produit et la marque. Et de mieux comprendre à qui s’adresse le produit et où le marché de l’automobile se dirige.

Son prix rend son achat prohibitif malgré le coût énergétique presque nul, les programmes gouvernementaux et les coûts d’entretien fortement réduits.

Tesla ne fait pas un sans-faute, la finition de ses voitures est perfectible et certaines erreurs de design trahissent la jeunesse du constructeur. Vu le prix demandé, les amateurs d’automobiles vont certainement s’en plaindre. Mais, Tesla ne s’adresse pas à eux, c’est plutôt l’amateur de technologie que vise le constructeur californien.

La taille du véhicule parlera plus au banlieusard qu’au citadin. Son prix rend son achat prohibitif malgré le coût énergétique presque nul, les programmes gouvernementaux et les coûts d’entretien fortement réduits. Il faut avoir un bon compte en banque pour se procurer une Tesla.

La Model S trace la voie pour la compagnie qui, à terme, offrira des véhicules de plus en plus abordables et diversifiés. Tesla Motors est, à mon avis, la première compagnie qui bouscule vraiment l’industrie automobile et ses réseaux de concessionnaires. En repensant la voiture et sa mise en marché sans intermédiaires, Tesla choque un milieu resté trop longtemps inerte.

Je remercie le propriétaire de la Tesla (qui préfère garder l’anonymat) de m’avoir permis de faire l’essai du véhicule et qui a répondu à toutes mes questions de façon objective.

  • Martin

    Je vais regarder pour une Tesla l’été prochain. Par contre, est-ce que le fait de n’avoir pratiquement aucun boutton physique est un irritant? Pour appuyer sur un boutton il faut toujours regarder un écran? Je suis un grand amateur de l’affichage dans le pare-brise, mais je crois que ce n’est pas disponible dans la Telsa, exact?

    • Steve Rodrigue

      Non, il n’y a pas de « HUD » (Head-Up Display ou affichage dans le pare-brise). Par contre, tout les boutons usuels sont au volant: volume, contrôle de vitesse, etc. C’est plus sur la console où les boutons ont été remplacés par l’écran tactile.

      Mais vue l’ergonomie et la grosseur de l’écran, il est facile de tapoter un gros signe + ou – pour ajuster la température ou la niveau de ventilation.

  • Tommy Sec

    Ou peut-on avoir un Tesla à Montréal?

  • Mathieu Méa

    Vivement la Model E (3) pour vraiment démocratiser la voiture électrique.

    • Denis

      Tout a fait en accord, mais faut-il qu’il y ai une date de disponibilité!

      • Steve Rodrigue

        Beaucoup de gens attendent ce modèle plus abordable.

  • Eric B

    Le point le plus remarquable de la Tesla d’apres moi est son accélération. Quand j’embarque quelqu’un dans ma P85D, tout le monde est impressionné. 0 à 100kmh en 3.2 secondes, ca donne des maux de coeurs chez 25% de gens que j’invite dans ma voiture… hahaha… je l’adore. . :) Y a seulement la Lamborghini qui fait 0-100 plus rapidement.