Origin Access, le Netflix des jeux PC?

Le jet de dés d'EA

Exclusif

Amateurs de jeux PC, à vos cartes de crédit : Electronic Arts a tenté de brasser les cartes, mardi, en annonçant le lancement d’Origin Access, un service payant offrant entre autres la possibilité de jouer «gratuitement» à un nombre toujours grandissant de titres développés ou édités par le géant du divertissement numérique.

Pour 4,99$ par mois, Origin Access propose une collection de jeux déjà disponibles sur le marché, sans frais supplémentaires.

S’appuyant sur l’exemple d’EA Access, une structure similaire déjà implantée pour les propriétaires de la console de Microsoft, Origin Access se veut un ajout à Origin, la plateforme de distribution numérique lancée il y a quelques années pour concurrencer l’hyper populaire Steam, développé par Valve.

À l’image de Xbox Access, donc, les abonnés d’Origin Access devront payer 4,99$ CA par mois pour accéder à une bibliothèque de titres déjà disponibles sur le marché, alors offerts sans frais supplémentaires. Outre des rabais octroyés aux abonnés du service, on vante aussi, fait intéressant, la possibilité de jouer temporairement à des jeux n’étant pas encore officiellement sur le marché. Et il ne s’agit pas de versions de démonstration, tient-on à préciser, mais des jeux complets. 

S’attaquer à forte partie

Pour l’instant accessible que dans une poignée de pays, dont les États-Unis et le Canada, le service Origin Access ne compte pour l’instant que 15 titres. On y retrouve les trois plus récentes itérations de la série Battlefield, les trois jeux de la série Dragon Age, les trois Dead Space, le décevant Sim City (cuvée 2013), ou encore, chose intéressante, le jeu de survie This War of Mine. Origin promet d’autres titres, ajoutés au fil du temps.

originaccess

Le concept de service d’abonnement pour jouer à des jeux «gratuits», déjà bien implanté chez les consoles de Microsoft et Sony, représente un pari audacieux dans l’univers PC. Après tout, ces mêmes services payants pour avoir accès à des jeux «offerts» sont régulièrement tournés en ridicule par les partisans de la PC Master Race. Que ce soit chez Steam ou chez la version de base d’Origin, l’adhésion est effectivement gratuite, ce qui permet d’oublier que ces deux services agissent comme un verrou numérique en exigeant généralement une connexion à Internet pour profiter des titres achetés.

Chez GOG, qui dispose lui aussi de sa propre plateforme numérique appelée Galaxy, les jeux achetés sont disponibles en tout temps, sans obligation de se connecter à quoi que ce soit. Un système fonctionnant sur l’honneur pour s’assurer que les joueurs ne partagent pas illégalement les jeux achetés, bref. Du côté d’Origin Access, la foire aux questions accompagnant l’annonce du lancement du service ne le précise pas, mais on peut certainement penser qu’une fois l’abonnement résilié, il sera impossible d’accéder aux titres précédemment disponibles. 

Origin Access and chill

En fait, voilà l’aspect le plus fondamental de cette démarche d’EA : la notion de propriété des jeux, une idée intrinsèque de l’univers PC, cède la place à une mentalité d’abonnement. Un Netflix du jeu vidéo, bref. 

Les industries de la musique, de la télévision et du cinéma ont déjà fait le saut dans cette nouvelle économie numérique où tout est accessible, mais rien n’est acquis. Et, comme mentionné précédemment, la Xbox One et la PlayStation 4 disposent respectivement de Xbox Live Gold et de PlayStation Plus. Alors, pourquoi pas les jeux PC?

Cette disparition progressive de la notion de propriété de biens numériques est à même d’inquiéter les joueurs mordus.

Le hic, c’est que cela a déjà été tenté. Quelqu’un se souvient-il de la plateforme OnLive? Lancé en 2010, ce service offrait la possibilité de jouer à des jeux en se connectant uniquement à des serveurs distants, dans le cloud, sans aucune installation nécessaire. D’abord offert au prix de 14,95$ US par mois, OnLive est finalement passé au tout gratuit à l’automne de cette même année. En 2012, un modèle d’affaires déficient a forcé un grand nombre de mises à pied, avant que le rachat des brevets par Sony force la fermeture définitive de l’entreprise au printemps 2015.

Bien entendu, Origin Access n’est pas exactement la même chose qu’OnLive, mais cette disparition progressive de la notion de propriété de biens numériques est à même d’inquiéter les joueurs mordus. Sur Reddit, les réactions au lancement allaient de l’optimisme prudent à une certaine méfiance. Rien de bien étonnant, d’autant plus que la liste des jeux disponibles est quelque peu réduite pour l’instant. Un autre coup de sonde non scientifique effectué sur Facebook dresse un portrait encore moins encourageant pour EA : l’entreprise a trop souvent accouché de tactiques commerciales douteuses pour qu’on lui fasse de nouveau confiance, mentionne-t-on.

Pas les moyens de ses ambitions

Origin Access n’est pas nécessairement une mauvaise idée. Netflix et quantité d’autres services ont démontré que la formule de l’abonnement a du bon dans un monde numérique. Mais ce que Netflix, Spotify, Play Music et tous les autres ont également en leur faveur est un catalogue particulièrement impressionnant.

netflix02

On n’attire pas les mouches avec du vinaigre, et une maigre liste de 15 jeux ne justifie aucunement de dépenser 4,99$ par mois pour y accéder, surtout si cet accès est justement conditionnel au fait de débourser ce montant ad vitam æternam. Steam et GOG sont gratuits, et le demeureront sans doute toujours. Steam offre plus de 7 000 jeux, dont plusieurs dizaines de titres gratuits. Le catalogue de GOG compte 1 355 entrées. Origin? À peine 548, et cela comprend des expansions et autres versions deluxe. Et ce malgré le fait qu’EA soit l’un des plus grands éditeurs de jeux de la planète.

Donnons la chance au coureur. Mais surtout, attendons de voir la suite avant de délier les cordons de la bourse. Cette initiative risque fort de transformer le milieu du jeu PC, et il sera intéressant d’en voir les impacts.

  • Charles

    Le gros point négatif dans cette offre selon moi est qu’elle n’inclut pas les DLC. Ils faut les acheter à part.

  • Économiste de salon

    OnLive n’a pas grand chose à voir avec cette offre. La raison pourquoi cela ne fonctionnait pas, c’est pour des raisons techniques qui n’existent pas avec Origin Access.

    Mais l’abonnement est parfait pour la grande, grande majorité des joueurs. Les mêmes joueurs qui ont probablement loué au club vidéo plus de jeux en étant jeunes que ce que leurs parents achetaient.

    La majorité des jeux ont une durée de vie limitée. Une aventure que l’on va faire une ou deux fois. Pourquoi payer le plein prix (et je considère le prix en rabais ici) pour quelque chose qui va prendre la poussière dans quelques mois? Autant avoir accès à un service qui offre plein d’autres choses. À quoi ¸ça sert de «posséder» un objet inutile?

    Origin Access coûte moins cher qu’un jeu AAA pour une année, il suffit de voir le catalogue s’ouvrir, et l’offre sera, sur le plan financier, complètement sensé. Comme l’est Netlix ou n’importe quel service de musique sur demande. Une fraction du prix de posséder l’objet, dans un monde où il ne sert à rien de posséder ce bien, vu l’absence d’utilité permanente.

    En espérant que Steam/Uplay/GOG s’y mettent aussi.

    Point bonus pour le joueur: il ne se fait plus flouer par un mauvais jeu trop cher, coincé avec un mauvais achat.

    • Hugo Prévost

      Je trouve au contraire que ce genre d’initiative est extrêmement restrictive pour les joueurs. J’aime pouvoir réinstaller et replonger à volonté dans des titres auxquels j’ai déjà joué. Et m’y remettre est gratuit, puisque je possède le jeu en question, sans doute pour toujours.

      Même les plus vieux jeux sont adaptables à l’aide de logiciels comme DOSBox, ou grâce à GOG, qui s’entend avec les ayant droits pour rééditer des titres de façon à les rendre compatibles avec les plus récents systèmes d’exploitation.

      Origin Access, c’est le contrôle absolu des titres. Contrôle du catalogue, d’abord, puisque EA est maître absolu à bord lorsqu’il est question de décider des jeux qui seront ajoutés à la liste. Contrôle de la façon dont je peux jouer à mes jeux, puisque je devrai me connecter à Internet pour m’identifier (Steam le fait aussi, remarquez, mais pas GOG). Contrôle de mon expérience, enfin, puisqu’il sera sans doute impossible d’installer des modifications. Qu’en est-il des modes en ligne? Les serveurs demeureront-ils ouverts? Si oui, pendant combien de temps? Avec un Battlefield par année, combien de temps avant que les anciens titres soient désertés?

      Origin Access, c’est le verrou numérique dans l’une de ses pires formes. Mes jeux, je les veux libres, accessibles en tout temps, au clic d’une souris, ou en sortant mes disques d’installation. Pas en ayant à payer des frais d’abonnement.

      • Économiste de salon

        Le ton de l’article est très différent de cette réponse, merci pour cette opinion. N’empêche, je ne suis absolument pas d’accord. Cela semble plus être par «principe» que par côté pratique.

        «J’aime pouvoir réinstaller et replonger à volonté dans des titres auxquels j’ai déjà joué. Et m’y remettre est gratuit, puisque je possède le jeu en question, sans doute pour toujours.»

        Je ne suis pas certain de comprendre cet argument. Ce service permet de réinstaller des jeux à volonté. Il suffit d’être abonné. Cela n’empêche pas de replonger dans le catalogue, sauf si celui-ci expire.

        Sinon, sauf si EA se met à ne plus vendre des gens en version complète, en dehors du service, en quoi est-ce un problème? Si on veut acheter un jeu que l’on croit un classique que l’on va rejouter, il suffit de l’acheter. En quoi l’offre plus abordable d’un abonnement est incompatible avec le fait de posséder certains jeux? L’un n’empêche pas l’autre. Pourquoi vouloir restreindre une offre qui s’adapte plus au temps disponibles de la plupart des gens (jouer un jeu une fois)?

        D’ailleurs, combien de jeux avez-vous terminé et réinstallé plusieurs années plus tard? Soyons honnêtes, nous savons les statistiques sur Steam: c’est une fraction insignifiante. La plupart des jeux… ne sont même pas joués, et loin d’être terminé, encore moins réinstallé. Sur mes 200 jeux Steam, il y a peut-être… 5 ou 6 titres que j’ai réinstallé après l’avoir terminé au complet. J’ai dépensé beaucoup plus que 60 dollars en jeu vidéo cette année, pour la plupart des jeux que je ne vais pas rejouer, simplement parce que c’est une industrie sortant tellement de bons et nouveaux titres que je n’ai pas le temps, à moins de ne plus être à jour dans ce hobby. C’est le destin de la plupart des jeux.

        «Même les plus vieux jeux sont adaptables à l’aide de logiciels comme DOSBox, ou grâce à GOG, qui s’entend avec les ayant droits pour rééditer des titres de façon à les rendre compatibles avec les plus récents systèmes d’exploitation.»

        Un argument… en faveur des services comme Origin Access! Les jeux qui doivent être réadaptés demandent un achat supplémentaire! Pourquoi payer à nouveau pour ces jeux que l’on possède déjà? GOG n’a jamais offert une version récente et modifiée pour rouler sur du nouveau matériel d’un jeu ancien acheté ailleurs que sur leur service (ou sinon, c’était très exceptionnel)! Tandis qu’avec un service en abonnement, la nouvelle version pourrait simplement être rajouté au catalogue. Dans 5 ans ou 10 ans, la version GOG sera tout aussi désuète sur les nouvelles machines, et rien n’oblige le propriétaire des droits de ressortir gratuitement une nouvelle version du jeu (GOG n’a pas les droits sur les jeux de son catalogue).

        «Origin Access, c’est le contrôle absolu des titres. Contrôle du catalogue, d’abord, puisque EA est maître absolu à bord lorsqu’il est question de décider des jeux qui seront ajoutés à la liste.»

        Ce n’est absolument pas différent de… n’importe quel commerce, du pet shop en passant par la restauration. Si un commerce n’a pas ce que vous voulez, ce n’est pas parce que le commerce est un tyran contrôlant, c’est simplement un signe d’aller voir la compétition. Je suis donc d’accord sur ce point: il faut de la compétition et étoffer les catalogues, pour avoir un choix potable et des alternatives pour voir apparaître un service que plaira à nos goûts.

        «Contrôle de la façon dont je peux jouer à mes jeux, puisque je devrai me connecter à Internet pour m’identifier (Steam le fait aussi, remarquez, mais pas GOG).»

        Et GOG sera toujours limité auprès des grands éditeurs de jeux triple A pour l’absence de DRM. Je suis tout-à-fait d’accord que le DRM doit être le moins intrusif possible (et franchement, une connexion Internet n’est PAS intrusif en 2016). Mais c’est un peu paradoxal d’une personne ayant écrit un article sur le piratage, disant n’avoir aucune raison de ne pas s’y adonner… Ne laissant que le DRM comme mesure de la part des créateurs de contenus comme mesure pour protéger leur œuvre et payer la machine derrière. Mais oui, à la base, un DRM ne dois pas être restrictif.

        «Contrôle de mon expérience, enfin, puisqu’il sera sans doute impossible d’installer des modifications.»

        Il nous faudra une citation là-dessus.

        «Qu’en est-il des modes en ligne? Les serveurs demeureront-ils ouverts? Si oui, pendant combien de temps? Avec un Battlefield par année, combien de temps avant que les anciens titres soient désertés?»

        Effectivement, un EXCELLENT, sûrement le meilleur, argument pour le service sur demande. Les jeux deviennent désuets très vite, pourquoi payer 80$ pour en acheter un, alors qu’on peut le louer, avec plein d’autres titres de qualité, pour 60$ par année, sachant que l’année suivante il y en aura un autre probablement rajouter au catalogue? C’est moins cher, et on est toujours une version plus récente.

        À moins de supposer que EA va laisser des jeux désuets et injouables dans son catalogue, ce qui serait complètement sans queue ni tête.

        «Origin Access, c’est le verrou numérique dans l’une de ses pires formes. Mes jeux, je les veux libres, accessibles en tout temps, au clic d’une souris, ou en sortant mes disques d’installation. Pas en ayant à payer des frais d’abonnement.»

        En quoi une nouvelle option pour avoir accès à ces jeux est un verrou?

        Avant, on pouvait acheter son jeu à plein prix.

        Maintenant, on peut acheter à plein prix… Ou avoir accès par abonnement.
        Est-ce qu’un club vidéo est un verrou?

        D’ailleurs, aucun de vos jeux ne sont libres (à moins de jouer à Tux Racer). Ce sont des œuvres propriétaires licenciées.

        Mais je comprends votre préférence, c’est légitime. Il faut simplement reconnaître que c’est par principe de posséder une version plus «permanente» de l’œuvre, dans un univers où le jeu vidéo n’est pas un objet physique: le but du jeu n’est pas de posséder un CD ou une licence sur Steam, mais de jouer à une aventure, et la plupart des gens passent à l’aventure suivante bien rapidement, dans un monde où de nouveaux jeux intéressants sortent tous les mois. Payer 5$ pour accéder à de nouvelles aventures tous les mois, ou acheter un titre qui ne sera peut-être jamais réinstallé pour plusieurs dizaines de dollars… Il est facile de voir pourquoi la première option est tentante.

        Bien sûr, tout cela est conditionnel à un bon catalogue et une concurrence. On verra bien sur ce point.

  • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

    D’office, lorsque Origin Access mentionne que les jeux peuvent être téléchargés, c’est qu’ils ne sont pas offerts en streaming. Il s’agit de deux types de services totalement différents en terme d’infrastructure, même si au final, le résultat pour l’utilisateur est (essentiellement) le même.

    PlayStation Now est un service de streaming, en effet, mais qui vise davantage à offrir une forme de rétrocompatibilité des jeux PS3 – il n’est pas question de jeux PS4. Ici, comme le mentionne Hugo, c’est l’équivalent d’EA Access (sur Xbox One) pour PC.

    SWTOR est un free to play, c’est différent. GeForce Now est effectivement un service de streaming, mais pour le nVidia Shield uniquement.

    Je suis d’accord avec vous que c’est plutôt un casse-tête lorsqu’on met tous ces types d’offres dans le même panier. L’article d’Hugo est davantage centré sur l’angle des jeux PC. Sur PC, il y a les boutiques où l’on paie à la pièce (Steam, Windows Store, GOG), et maintenant le service par abonnement Origin Access (dont les contenus téléchargés doivent être autorisés par le service afin de valider que l’abonnement est toujours en vigueur avant d’être exécuté).

    • Jean-Gilles Roy

      Merci pour vos précisions, j’utilise les Origin/Steam/Uplay et Gog,
      J’appuie le commentaire de  »Economiste » qui confirme que l’abonnement
      annuel reviens moins cher qu’un jeu, prudence pour ceux qui utilisent
      Windows 10 qui ne permets pas à certains jeux moins récents qui ont été
      protégés par  »DRM » de fonctionner. Origin mentionne simplement que les
      jeux moins récents pourraient avoir des erreurs sur équipements plus
      récents. J’ai profité d’une promotion E/A pour 2 mois d’abonnement et le
      niveau 60 pour le jeu SWTOR, il me semble qu’il y aurait un marché pour
      ce genre d’abonnement… comme vous dîtes, c’est un casse-tête pour
      comparer les différentes offres