Coleco retire son nom du projet Chameleon

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Après une série de déboires liée à l’absence d’un véritable prototype, la Chameleon a officiellement perdu l’appui de l’entreprise Coleco ce matin.

C’était prévisible. C’est maintenant confirmé. Après avoir associé son nom à l’étrange console destinée aux adeptes de jeux rétro en décembre dernier, Coleco a annoncé sur sa page Facebook qu’elle se retirait du projet.

La Coleco Chameleon était-elle un beau rêve, ou une idée saugrenue, voire frauduleuse?

«Retro VGS a décidé que le travail accompli n’est pas à la hauteur pour être présenté en ce moment», selon Coleco. «Par conséquent, nous ne pouvons plus appuyer le projet Chameleon, et celui-ci sera annulé. Cette séparation est amicale. Nous leur souhaitons bonne chance pour l’avenir. Nous remercions la communauté des joueurs pour leur soutien continu, leurs commentaires, leur vigilance et leur confiance.»

Ce message est on ne peut plus respectueux lorsque l’on connaît la tournure des événements des dernières semaines. La Coleco Chameleon était-elle un beau rêve, ou une idée saugrenue, voire frauduleuse?

Les hauts et les bas de Retro VGS

Le 19 septembre 2015, une campagne Indiegogo voyait le jour. Mike Kennedy, Steve Woita et John Carlsen présentaient ce qui était alors nommé la Retro VGS : une console épousant les formes de l’Atari Jaguar, alimentée par des cartouches, sans mise à jour, sans gestion de fichiers, sans temps de chargement, et sans frustration. On y prévoyait la sortie de compilations de jeux issus des années 80 et 90, en plus de nouveaux jeux de style 8, 16, ou 32 bits.

Mais voilà, les porteurs de projet souhaitaient amasser un peu moins de 2 millions de dollars US. Ils ont dû se contenter de 81 158$ US. Devant ce premier échec, l’équipe de la Retro VGS a décidé de rembourser les bailleurs de fonds et de revoir leur stratégie. On apprendra par la suite que la raison pour laquelle le projet a été lancé sur Indiegogo était liée au fait que Kickstarter exige que les campagnes de projets matériels de sa plateforme soient soutenues par un prototype fonctionnel.

On se retrouve alors en décembre 2015, moment où Coleco vient apposer son nom à la Retro VGS, qui devient alors la Coleco Chameleon. Les instigateurs du projet, désormais l’entreprise nommée Retro VGS, annoncent leur intention de lancer une nouvelle campagne de sociofinancement, cette fois sur Kickstarter. Ils dévoilent également que le prototype de la console sera présenté lors du New York Toy Fair en février.

Cette présentation a bel et bien eu lieu, mais plutôt que de rassurer les consommateurs potentiels, le prototype a suscité davantage de questions. Le derrière de la console était masqué par du ruban électrique, et la manette employée était celle d’une SNES dont le câble était directement attaché à sa coque. Enfin, des photos du prototype prises par un spectateur ont permis de conclure qu’il s’agissait en réalité des entrailles du deuxième modèle de la SNES, plus compacte que l’originale, intégrées à la coque d’une Atari Jaguar.

Jamais deux sans trois?

L’inquiétude collective est alors venue contaminer les internautes curieux d’en apprendre davantage sur le projet, si bien que Retro VGS a voulu à nouveau rassurer les sceptiques en repoussant le lancement de sa campagne. Non pas en admettant leurs torts. Mais plutôt afin d’améliorer leur produit.

«La semaine dernière lors du Toy Fair à New York, nous avons eu l’occasion de présenter la Coleco Chameleon à l’industrie, aux joueurs et aux détaillants pour la toute première fois», a déclaré l’entreprise. «Leur réponse a été au-delà de tout ce que nous avions imaginé. D’importants détaillants ont réagi au produit en manifestant leur intérêt d’en faire la commercialisation pour la période des fêtes de 2016. Mais surtout, de grandes entreprises ont manifesté leur intérêt de développement des jeux pour notre système, ce qui signifie que nous avons besoin de plus de temps pour solidifier ces partenariats et maximiser le contenu.»

«On a également observé un tourbillon d’intérêt, de spéculation, et de curiosité en ce qui concerne les composantes de la Chameleon. Nous sommes ravis par cet enthousiasme et c’est avec joie que nous allons partager des photos du système sur notre page Facebook.»

Le prototype de la Chameleon (gauche) et la carte de capture HIPCAP50B (droite).

Le prototype de la Chameleon (gauche) et la carte de capture HIPCAP50B (droite).

Malheureusement pour les concepteurs de la console, les photos en question ont une fois de plus été analysées par des sceptiques assidus. Conclusion? En voulant prouver que les composantes de la Chameleon n’avaient rien à voir avec la SNES, Retro VGS a dans les faits intégré une carte de capture vidéo – la Philips HICAP50B – en la faisant passer pour une carte-mère logée dans une coque transparente. Oups?

Sans laisser de traces

Depuis l’annonce de Coleco ce matin, la page Facebook de Retro VGS a été supprimée, et le site faisant la promotion du projet de l’entreprise a été mis hors ligne.

On ignore toujours si les responsables de l’initiative souhaitaient simplement couper les coins ronds en levant les fonds nécessaires à la production d’une véritable console rétro, ou si l’objectif initial de leur démarche était de la fraude pure et simple. Chose certaine, cette histoire abracadabrante prouve à quel point la communauté de gamers peut être alerte lorsqu’on tente de les charmer avec de belles promesses.