La neutralité de Facebook défendue par Zuckerberg

Trendinggate

Le PDG de Facebook dément les allégations suggérant que son équipe éditoriale manipule les contenus populaires selon un agenda politique de son entreprise.

Mark Zuckerberg a annoncé qu’il souhaitait rencontrer «des acteurs du mouvement conservateur et des gens à travers l’ensemble du spectre politique» afin de discuter des accusations d’une partialité politique au sein de Facebook.

Il en a fait l’annonce jeudi sur sa page Facebook, niant du même souffle les récentes allégations d’un quelconque biais dans la gestion des nouvelles qui apparaissent sur la liste Trending Topics du réseau social.

«Nous n’avons trouvé aucune preuve de l’authenticité de ces allégations.»

«Nous prenons ces accusations très au sérieux et menons une enquête approfondie afin de nous assurer que nos équipes respectent l’intégralité de ce produit», a-t-il déclaré. «Nous n’avons trouvé aucune preuve de l’authenticité de ces allégations. Si nous trouvons quoi que ce soit qui va à l’encontre de nos principes, vous avez ma parole que nous prendrons les mesures nécessaires pour y remédier.»

La sortie de Zuckerberg, la troisième de la direction de Facebook en seulement quatre jours, n’a pas porté sur les pratiques de l’équipe éditoriale, mais plutôt sur la question d’un potentiel biais politique au détriment des nouvelles partageant un point du vue plus à droite.

La rencontre avec les gens issus de la scène politique américaine devrait avoir lieu au courant des prochaines semaines.

Un aveu de la limite de son algorithme

Toujours dans le cadre de cette gestion de crise, le vice-président des opérations internationales de Facebook, Justin Osofsky, a signé un article portant sur les pratiques de l’équipe éditoriale de Facebook responsable de la gestion du module Trending Topics.

Il apporte entre autres des précisions sur les lignes directrices de l’évaluation des tendances, un document interne coulé par le quotidien The Guardian jeudi matin. Document qui est désormais partagé publiquement par Facebook.

«Les sujets susceptibles d’être tendances sont d’abord soulevés par un algorithme qui identifie les sujets qui ont récemment monté en popularité sur Facebook (en d’autres termes, ceux qui ont un volume élevé de mentions et une forte augmentation de mentions sur une courte échelle de temps)», explique Osofsky. «L’algorithme Trending Topics exploite également un agrégateur RSS externe afin d’identifier les événements de dernière heure afin que nous puissions jumeler les conversations sur Facebook aux événements d’actualité le plus rapidement possible.»

L’agrégateur en question est alimenté par 928 fils RSS provenant de divers médias et classés par pays, dans l’ordre : États-Unis, Canada, Inde, Royaume-Uni, et Australie. Rappelons que la liste Trending Topics n’apparaît que dans certains marchés, et uniquement en anglais. Cette liste est complémentaire à la liste des 10 médias perçus par Facebook comme étant les baromètres des sujets pouvant atteindre le statut de National Story et Major Story.

Osofsky poursuit en expliquant la procédure que doit suivre un membre de l’équipe éditoriale avant d’intervenir manuellement :

  • Confirmer «que le sujet est lié à un événement d’actualité en cours dans la vraie vie», et non un sujet récurent. Par exemple, tout le monde parle de leur dîner à travers le monde à l’heure du repas, mais ce sujet n’apparaîtra jamais comme un contenu populaire.
  • Rédiger «la description du sujet selon l’information qui a été corroborée par au moins trois médias» d’une liste de 1 030 noms de domaine.
  • Catégoriser le sujet (par exemple : sports, science) «afin d’aider avec le classement personnalisé et pour permettre les suggestions regroupées par catégorie selon les divers onglets» de la version web de Facebook.
  • Valider «si le sujet est une nouvelle de dernière heure d’ordre national ou mondial couvert par la plupart des dix grands médias» selon la liste incluse dans le document Trending Review Guidelines.

Selon Osofsky, la politique interne de Facebook interdit de supprimer des perspectives politiques, et d’accorder une priorité à un point de vue idéologique sur un autre.

Enfin, pour justifier la capacité de son équipe éditoriale de Facebook à injecter un sujet dans la liste des contenus populaires, Osofsky admet essentiellement que l’algorithme de Facebook est loin d’être parfait. En répétant comment l’algorithme identifie les sujets qui ont récemment gagné en popularité sur le réseau social (ci-haut mentionné), il ajoute :

«L’injection contribue à améliorer “Trending Topics” au fil du temps en permettant de soulever des sujets de qualité supérieure.

«Si, dans le cadre de ce processus, un sujet est détecté comme devant être jumelé à un sujet linguistiquement similaire (par exemple, le film LEGO par rapport au jouet LEGO), l’évaluateur [NDLR : un membre de l'équipe éditoriale] peut remplacer l’identifiant du sujet “injectant” un identifiant plus précis. Ainsi, nous pourrions injecter “#Odile” comme une meilleure façon d’identifier un ouragan qui se produit à Cabo San Lucas que les sujets “Baja” et “Cabo”, qui pourrait être soulevé par l’algorithme.»

«L’injection contribue à améliorer Trending Topics au fil du temps en permettant de soulever des sujets de qualité supérieure. Il ne sert pas à promouvoir des articles ou des sujets partageant un point de vue particulier.»