Nintendo n’adoptera pas la réalité virtuelle avant qu’elle devienne mainstream

Reggie Fils-Aimé

Le président de Nintendo of America a récemment eu l’occasion de clarifier la position de son entreprise en ce qui concerne la réalité virtuelle.

Nintendo a-t-elle toujours en tête le douloureux souvenir de la Virtual Boy, ou peut-être les ventes décevantes de la Wii U dont l’aspect novateur n’a pas su attirer une masse critique d’adeptes? C’est du moins l’impression que laisse planer l’entrevue de Reggie Fils-Aimé avec Bloomberg diffusée cette semaine dans le cadre du E3.

Interrogé sur la position de Nintendo par rapport à la réalité virtuelle, compte tenu que l’entreprise a la réputation d’explorer de nouveaux horizons lorsque vient le moment de concevoir ses consoles, Fils-Aimé a voulu relativiser les attentes des consommateurs en ce qui concerne la prochaine console de Nintendo :

«Nous voulons nous assurer que notre prochaine initiative soit accessible pour une masse critique. Et lorsque quelque chose comme la réalité virtuelle aura franchi cette étape, vous pouvez vous attendre à ce que Nintendo sera là.»

«Voici comment Nintendo se positionne à l’égard de toute nouvelle technologie. Pour nous, nous voulons nous assurer que la technologie soit accessible au grand public, et qu’elle représente des valeurs fortes pour le consommateur.»

«Par exemple, il y avait diverses technologies exploitant le gyroscope sur le marché, mais ce n’est qu’avec la Wii et la Wiimote que cette technologie est devenue vraiment mainstream. Même lorsqu’on retourne jusqu’à la Nintendo DS [NDLR : lancée en 2004], cette console était le premier appareil électronique a vraiment faire un large usage de l’écran tactile.»

«Donc, lorsque l’on observe la réalité virtuelle, ou même la réalité augmentée que nous offrons d’ailleurs avec la Nintendo 3DS, pour nous, la technologie doit être à un point où elle est prête pour le grand public. Par la suite, c’est au tour d’entreprises de création de contenus comme nous de produire une expérience que les consommateurs voudront vivre, qui les pousseront à faire le saut vers une technologie particulière. Voilà comment nous entrevoyons l’avenir.»

«Nous observons le marché de la réalité virtuelle depuis les jours de la Virtual Boy. Nous voulons nous assurer que notre prochaine initiative soit mainstream et accessible pour une masse critique de consommateurs. Et lorsque quelque chose comme la réalité virtuelle aura franchi cette étape, vous pouvez vous attendre à ce que Nintendo sera là.»

Reggie Fils-Aimé, président et directeur des opérations de Nintendo of America (Image : Bloomberg).

Reggie Fils-Aimé, président et directeur des opérations de Nintendo of America (Image : Bloomberg).

Bien sûr, la déclaration de Fils-Aimé est une parfaite réponse digne d’un politicien et peut être interprétée de diverses façons. D’un côté, le grand patron de la division américaine de Nintendo semble rejeter l’idée que la NX puisse offrir une expérience de réalité virtuelle. Mais de l’autre, tous les exemples qu’ils donnent contredisent cette position.

Aux yeux de Fils-Aimé, c’est Nintendo qui a poussé l’industrie à exploiter les commandes tactiles et gestuelles. Il est vrai que ces technologies sont devenues mainstream en grande partie grâce à Nintendo, et par la même logique, la réalité virtuelle pourrait subir le même sort. Car lorsqu’il répond que Nintendo souhaite attendre que la technologie soit prête avant de l’adopter, Fils-Aimé ne dit pas clairement que le département de R&D de Nintendo n’a pas déjà trouvé «la recette miracle».

L’animatrice Emily Chang lui a alors demandé à quel moment il croyait que ça allait être le cas.

«Je dois admettre que je n’ai pas vu les plus récents projets de réalité virtuelle que l’on retrouve au salon cette semaine, mais j’ai pu voir à peu près toutes les autres expériences de réalité virtuelle sur lesquelles des entreprises travaillent», a répondu Fils-Aimé.

«Je dois dire qu’à mes yeux, la réalité virtuelle n’est pas encore au point pour atteindre le grand public et pour offrir des applications avec lesquelles les consommateurs voudront investir beaucoup de temps plutôt que de courtes expériences de divertissement.»

À noter qu’en début d’entrevue, Reggie Fils-Aimé a également rappeler que Nintendo était une entreprise qui concentrait ses efforts sur le contenu plutôt que de promettre de livrer une console à la fine pointe de la technologie. Devant les plans de Microsoft et Sony de lancer des versions 4K de leurs consoles actuelles, Nintendo préfère miser ses énergies à offrir des expériences qui feront rêver les joueurs.

  • Alain B Fortier

    Qui, dans la classe moyenne, à une télé 4k? Je pense comme Nintendo. J’ai mieux avoir une console pas trop cher qui fait l’affaire avec du contenu qu’une console plus cher qu’un ordinateur, qui est sur-équipé pour rien et que dans le fond t’as que quelques jeux à y jouer. Combien de console Xbox et PS se retrouvent dans les ventes de garage comparativement à une console familiale comme Nintendo?

    • https://branchez-vous.com/ Laurent LaSalle

      Pour fréquenter régulièrement les ventes de garage, on n’y retrouve pas davantage de Xbox ou de PlayStation que de Wii. Soit, les téléviseurs 4K ne sont pas encore légions, mais l’adoption des téléviseurs 1080p avec port HDMI s’est drôlement accéléré après le lancement de la Wii, et à mes yeux, ne pas avoir intégré ce port lors de sa conception (ne serait-ce que pour y diffuser du 720p et en faciliter la connexion) était une erreur. Une erreur qui au final n’a rien enlevé au succès de la Wii, je le concède.

      Personnellement, je pense tout de même que Nintendo a raison de concentrer son attention au contenu plutôt qu’à la conception d’une machine coûteuse et puissante comme celle de ses rivaux.