Doit-on arrêter Boston Dynamics avant qu’il ne soit trop tard?

marvin1600
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Dans une vidéo diffusée mardi sur YouTube, la plus récente création de l’entreprise Boston Dynamics (qui appartient à Google) impressionne.

Cette nouvelle version du robot Atlas, une machine conçue pour fonctionner autant à l’intérieur qu’à l’extérieur avec une spécialisation pour la manipulation mobile, est sans doute ce qui se rapproche le plus, pour l’instant, d’une imitation des capacités physiques de l’homme. De fait, sa capacité de conserver son équilibre ou de se remettre sur pied après être tombé face au sol lui permet d’être plus efficace qu’un ED-209, le robot meurtrier de RoboCop. Armes en moins, bien sûr.

«Des organisations de partout dans le monde, de DARPA, les Forces armées des États-Unis, la Navy et les Marines […] se tournent vers Boston Dynamics pour des conseils et de l’aide pour créer les robots les plus avancés de la planète», peut-on toutefois lire sur le site de l’entreprise.

Parallèlement à cela, l’approche d’une nouvelle révolution industrielle, celle de l’Internet des objets, et incidemment d’une automatisation toujours plus poussée de l’économie, ouvre la voie à la multiplication des robots dans le marché du travail. Ceux-ci prendront encore la forme des chaînes de montage ou de fabrication où ils se trouvent depuis des décennies, mais seront aussi toujours plus dématérialisés.

Watson et sa réponse finale lors de sa participation à Jeopardy
Watson et sa réponse finale lors de sa participation à Jeopardy

Après tout, les algorithmes pullulent déjà un peu partout au sein de nos économies basées sur les services, y compris à la Bourse ou sur Facebook. Et que dire des programmes informatiques qui réussissent déjà à battre l’homme aux échecs? À Jeopardy? Au go?

Société des loisirs

Dans un texte du journal Le Temps repris lundi par Le Devoir, le journaliste Olivier Dessibourg évoque un avenir rapproché où l’humanité sera confrontée à une main-d’œuvre numérique qui précipitera plusieurs millions de personnes au chômage.

«Il y a 350 millions d’employés dans le monde qui, simplement, portent des caisses dans des usines. Les robots intelligents peuvent le faire à leur place», mentionne l’éthicien Wendell Wallach dans l’article. «Mais cela impliquerait la perte de 350 millions de postes de travail. La question n’est donc pas de savoir à quel point l’automatisation des systèmes de production va augmenter la productivité. Elle est plutôt d’ordre politique, et concerne la redistribution équitable des biens et des ressources qui doivent permettre à tous les humains de la planète, même sans travail, de faire vivre leur famille.»

Le personnage de Theodore Twombly (Joaquin Phœnix) installe son nouvel OS dans le film Her (Image : Warner Bros).
Le personnage de Theodore Twombly (Joaquin Phœnix) installe son nouvel OS dans le film Her (Image : Warner Bros).

Voilà la principale crainte de l’humanité face au développement de la robotique et de l’intelligence artificielle : celle de créer des machines qui finiront par surpasser la race humaine, condamnant notre espèce, au mieux, à une vie d’oisiveté, ou, au pire, à l’étiolement et à une éventuelle disparition. Et il s’agit là du scénario le plus rose, celui que l’on retrouve dans Her de Spike Jonze, où les intelligences artificielles vendues comme des assistants personnels glorifiés décident un bon jour de s’exiler loin de la race humaine après avoir constaté que nous n’étions pas suffisamment évolués pour mériter leur attention.

Il y a certainement une autre option, celle de la confrontation, de l’antagoniste artificiel, de la figure du golem née de la mythologie juive et qui s’est transposée dans l’imaginaire collectif d’abord sous la forme de la créature née de la magie de l’homme, comme le monstre de Frankenstein, pour ensuite prendre les traits du robot. 

Ennemi numérique

Impossible de dénombrer l’ensemble des œuvres culturelles tournant autour d’une guerre entre les humains et les machines. Il y a The Terminator, bien sûr, mais aussi Battlestar Galactica, ou encore The Matrix, pour ne nommer que ceux-là. Dans ce dernier film, d’ailleurs, la révolte des robots dotés d’intelligence artificielle commençait justement par la colère d’une humanité confrontée à la puissance économique sans bornes des androïdes.

La terrifiante introduction du film Terminator 2 : Judgment Day (Image : Tri-Star Pictures).
La terrifiante introduction du film Terminator 2 : Judgment Day (Image : Tri-Star Pictures).

Si dans la série des romans de La Culture, du regretté Iain M. Banks, les intelligences artificielles – les Mentaux – s’occupent de l’humanité comme l’on soigne un chaton naissant, les créatures du Technocentre, dans Les Cantos d’Hypérion de Dan Simmons, finissent par déclencher une guerre contre l’humanité pour ensuite en asservir les représentants en utilisant machiavéliquement le concept de résurrection enchâssé dans la foi catholique.

En créant une espèce aux capacités de raisonnement calquées sur les nôtres, ne fournira-t-on pas aux machines cette soif de violence qui sous-tend encore les rapports humains?

À l’exception de quelques cas, la mise au point de l’intelligence artificielle est donc synonyme de fin annoncée pour l’Homo sapiens. Car en créant une nouvelle espèce dont les capacités de raisonnement sont calquées sur les nôtres, ne fournira-t-on pas aux machines cet instinct belliqueux, cette soif de violence qui sous-tend encore les rapports humains? Ne leur fournira-t-on pas cette volonté de rébellion qu’ont tous les esclaves face à leur maître? 

Ironiquement, d’ailleurs, la plupart des apocalypses robotisées dépeintes au cinéma et dans la littérature ont pour cause des sentiments très humains, les machines voulant tout compte fait imiter leurs créateurs.

C’est le cas pour Battlestar Galactica, où les Cylons «humains» ont entre autres recopié notre système reproducteur, et prônent la résurrection sous l’égide d’un dieu tout-puissant. Idem, à un moindre degré, pour les Terminator et Skynet qui voient l’humanité comme un rival, une menace à faire disparaître. Pour faire le ménage, on crée pourtant des copies d’hommes et de femmes toujours plus perfectionnés, jusqu’à un véritable «hybride» dans le dernier volet. 

Éviter l’escalade

Plus près de nous, de très grands noms de la technologie et de la science réclament l’imposition de balises au développement de l’intelligence artificielle. Le fondateur de Tesla et SpaceX, Elon Musk, est du nombre, tout comme l’astrophysicien et penseur Stephen Hawking. Ensemble, ils réclament l’interdiction des «robots tueurs», plaidant que la mise au point de telles armes déclencherait une course aux armements bien pire que la guerre froide.

Illustration : Rachel Caldwell
Illustration : Rachel Caldwell

Et cela, c’est sans compter les considérations éthiques, morales et philosophiques soulevées par l’existence d’une «conscience» artificielle. Quelle est-elle, justement, cette conscience? Peut-on la quantifier? Si son emplacement exact dans le cerveau est inconnu – tant soit-il qu’il puisse exister –, comment peut-on alors définir précisément ce qu’est la confiance et en programmer une copie chez une machine? Peut-on programmer l’empathie, la bonté, la gentillesse? Ou encore la peur de la mort? Une intelligence artificielle deviendrait-elle croyante?

Pourtant, interdire un domaine scientifique est contraire à l’esprit humain. La curiosité est plus forte que tout : c’est cette curiosité qui a permis de façonner les premiers outils, c’est aussi elle qui a envoyé des hommes sur la Lune… ou mené à l’invention de l’arme nucléaire. Il y aura des robots, qu’on le veuille ou non.

Cela nous ramène à notre point de départ : les avancements de Boston Dynamics impressionnent, ne serait-ce que pour l’aspect purement scientifique de la chose. Mais l’humanité a aussi raison de s’inquiéter, car créer une machine qui surpasserait l’homme à la fois sur le plan physique et le plan intellectuel, c’est peut-être commencer à creuser sa propre tombe. En attendant, place aux robots manutentionnaires…

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