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Le choc des générations, sans Grégory Charles

Par Catherine Gendreau – le dans Actualités
Je n’ai pas écrit de chronique la semaine dernière, je ne trouvais pas les mots, je me suis dit que j’en avais peut-être trop dit dans ma dernière, ou peut-être pas assez, je ne sais pas trop.

J’avais mille excuses plus ou moins fallacieuses, plus ou moins valables, pour justifier mon silence : une bronchite, un déménagement, une grosse fatigue qui m’empêchaient de me fâcher tout à fait ou d’avoir envie de pousser des petites phrases pseudo drôles. Les boîtes éventrées autour de moi et le sirop extra-puissant Benylin m’ont clouée au divan, il faut croire que j’entretiens une relation particulière avec ce type de mobilier.

Clouée au divan mais scotchée à mon iPhone (évidemment), j’ai assisté à la naissance de trouble.voir.ca, cette curieuse plateforme dont je ne parlerai pas ici puisque je n’ai rien à ajouter au débat, si on peut le qualifier ainsi. Et puis, d’autres ont su dire ce que j’en pensais, et mieux que je ne l’aurais fait.

Je me suis comportée en vieille condescendante, réfractaire à la nouveauté qu’elle juge futile parce qu’elle ne la concerne pas directement, elle et sa génération de «révolutionnaires d’avenir». Et je me suis sentie soudainement très vieille.

Un premier cheveu blanc

J’ai surtout beaucoup pensé aux étudiants du cours Écriture médiatique du Collège de Rosemont, devant qui j’ai eu l’honneur de prononcer une petite conférence sur les métiers du Web récemment, particulièrement ceux de chroniqueur / blogueur et de gestionnaire de communauté.

Stupidement, je croyais les adolescents très au fait des médias sociaux, particulièrement de Facebook. Bien sûr, de nombreux articles me donnaient tort : on annonce depuis quelques mois déjà leur abandon du populaire réseau social au profit d’autres plateformes comme Instagram, Vine et Snapchat.

Je me suis toujours méfiée des études qui annoncent la fin de Facebook ou la simple désertion d’un groupe générationnel, je les lis habituellement avec un sourire en coin et un sourcil en accent circonflexe. Mais l’échantillon de jeunes communicateurs en devenir  (je leur fais une fleur, là) devant moi a donné raison aux études, et m’a prouvé que j’avais tort au passage. Bref, j’ai dû reconnaître que j’avais agi EXACTEMENT comme certains baby-boomers dont j’ai déjà parlé ici, ceux qui ne croyaient pas à l’importance de Facebook et réduisaient les réseaux sociaux à un simple effet de mode passager, il y a de cela quelques années.  Je me suis comportée en vieille condescendante, réfractaire à la nouveauté qu’elle juge futile parce qu’elle ne la concerne pas directement, elle et sa génération de «révolutionnaires d’avenir». Et je me suis sentie soudainement très vieille.

Lorsque je leur ai demandé, à ces jeunes bouillonnant d’hormones et d’illusions, les raisons de leur manque d’intérêt pour Facebook, je ne m’attendais certainement pas à ce qu’on me réponde que la plateforme était «trop compliquée». Trop compliquée? Vraiment? (Vous pouvez ici insérer une anagramme de trois lettres débutant par W et se terminant par F, en capslock) Oui, trop compliquée.

L’instantanéité à durée déterminée

«Sur Facebook, faut écrire des statuts, gérer des albums photos, y’a le chat, l’inbox, les paramètres de confidentialité, les listes, les amis, les abonnements, ouf!»

«Ouin, pis avec Facebook, faut entretenir ton mur pis que les autres fassent pareil, sinon c’est plate. Mais des fois, tu dis un truc, tsé, c’est juste là, tu veux pas que le monde puisse aller relire ça dans six mois, mettons, fait que Snapchat c’est juste parfait».

La Timeline. La fameuse Timeline qui m’enchante autant qu’elle semble rébarbative aux yeux de ceux qui sont nés 15 ans après moi. L’inscription dans le temps. L’archive. La trace. Qui enchante les nostalgiques (dont je suis), mais qui peut refréner les ardeurs de ceux qui sont là, maintenant, et qui ne ressassent pas leur passé parce qu’ils ont encore l’avenir devant eux. Pendant que je jalousais les personnalités qui ont participé à Qui êtes-vous?, pendant que je relisais mes vieux journaux intimes à la recherche du fil tendu entre l’enfant que j’étais et la femme de 31 ans que je suis aujourd’hui, pendant que je me roulais dans Proust en ronronnant parce que sa quête m’interpelle, m’émeut, je m’inscrivais sans le savoir dans ma trentaine, je devenais vieille. Du moins, dans ma façon d’envisager les réseaux sociaux.

Et ensuite?

Quel avenir pour Facebook, donc? Je n’en sais rien. Peut-être assisterons-nous à un retour des jeunes lorsqu’ils ne le seront plus vraiment, peut-être devrai-je aussi me résoudre à le voir devenir une sorte de Chez-nous des artisans du 2.0, un genre de résidence virtuelle assurant un minimum de contacts et d’interactions sociales pour ceux qui ne seront pas passés à autre chose, pour les nostalgiques confortables. Peut-être rien de tout cela, aussi.

Je ne cracherai pas sur ce que l’avenir amènera et tenterai au moins de m’y intéresser davantage, si ce n’est que pour me conforter dans l’idée que je ne m’y trouve pas. Au pire, je raconterai aux plus jeunes comment c’était différent, spécial et excitant DANS MON TEMPS. Juste avant d’aller faire ma sieste mais après avoir mangé mou, on s’entend.

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Catherine Gendreau

Catherine a toujours eu un faible pour les nerds, les geeks et les gars qui passent trop de temps devant un écran. Cette ancienne technulle avouée, plus intéressée par la littérature que par la programmation C++, s’est finalement laissé corrompre avec l’avènement de Facebook, auquel elle est indubitablement accro. Rédactrice web et chialeuse professionnelle, elle écrit toujours ses brouillons à la main.