700 MHz : rien de nouveau sous le soleil?

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C’est demain que 11 fournisseurs de services cellulaires tenteront d’acquérir aux enchères les très convoitées fréquences de la bande 700 MHz.

La liste des aspirants reflète-t-elle la volonté du gouvernement conservateur d’augmenter la concurrence sur le marché des communications mobiles? Rien n’est moins sûr.

De quoi s’agit-il?

Les fréquences de la bande 700 MHz, longtemps réservées à la diffusion analogique par voie aérienne des canaux de télévision UHF 52 à 69, ont été libérées par le passage à la télévision numérique.

À moins d’une grande surprise, le «Big 3» de Bell, Telus et Rogers devrait s’emparer de la plupart des blocs de fréquences dans la plupart des territoires, d’autant plus que certains blocs de moindre importance ne sont pas soumis aux restrictions qui doivent permettre d’augmenter la concurrence.

Pour les besoins de l’enchère, ces fréquences ont été divisées en sept blocs qui seront vendus séparément pour chacune de 14 zones géographiques; au total, il y a donc 98 licences à l’enjeu. Sans s’aventurer dans les détails techniques, il faut tout de même spécifier que les blocs n’ont pas tous la même largeur de bande et que les règles limitent le nombre de blocs qu’un même fournisseur pourra acquérir, afin comme le spécifie le document-cadre, de favoriser une «concurrence soutenue […] pour que les consommateurs et les entreprises bénéficient de choix et de prix concurrentiels».

Les participants

Cependant, lorsqu’on examine la liste des entreprises qui participeront aux enchères mardi prochain, on constate que bien peu de véritables «nouveaux joueurs» seront sur les rangs.

Pas de Verizon, pour qui le gouvernement Harper semblait dérouler le tapis rouge l’été dernier et qui s’est retirée du dossier après qu’une habile campagne des grands fournisseurs canadiens en aient fait un épouvantail.

Pas d’Orange non plus, quoique la stratégie du géant français viserait plutôt la location d’une partie du spectre d’un autre fournisseur, ce qui pourrait fort bien se faire plus tard.

En fait, les 11 entreprises qui participeront aux enchères après que 4 autres candidates se soient retirées au cours des derniers mois peuvent être divisées en trois grandes catégories : les suspects usuels, les opérateurs régionaux et les candidatures intrigantes.

Les suspects usuels

J’espère que personne ne sera surpris d’apprendre que Bell, Rogers et Telus tenteront d’acheter certaines des fréquences disponibles? Non? C’est bien ce que je pensais.

Les règles limitent chaque grand fournisseur à un seul des quatre blocs les plus attrayants dans chaque région, mais puisqu’ils sont trois, ils pourraient tout de même se partager l’essentiel du gâteau.

Les opérateurs régionaux

Cette catégorie inclut MTS (Manitoba), Novus Wireless (région de Vancouver), Saskatchewan Telecommunications (Saskatchewan, évidemment), TBayTel (propriété de la ville de Thunder Bay en Ontario) et Bragg Communications (région de Halifax).

Dans tous les cas, sauf peut-être celui de MTS, il serait assez étonnant que ces entreprises lorgnent à l’extérieur de leurs marchés traditionnels.

Les candidatures intrigantes

En premier lieu, il y a Vidéotron, un joueur sérieux au Québec qui a certainement les reins assez solides pour tenter sa chance ailleurs au pays. Est-ce sa stratégie? Impossible de le savoir avant demain, mais si jamais il doit y avoir une expansion à la fois rapide et significative du portrait concurrentiel national, c’est sans doute de ce côté qu’elle proviendra.

Feenix Communications est la propriété de John Bitove, un singulier personnage qui a été le propriétaire-fondateur des Raptors de Toronto et dont les entreprises contrôlent à la fois Mobilicity et SiriusXM Canada. Les documents publiés par Industrie Canada mentionnent toutefois que Feenix ne serait pas affiliée avec Mobilicity – ce qui semble étrange, d’autant plus que Mobilicity ne participe pas à l’enchère.

Globalive Communications est la propriétaire de Wind Mobile, qui opère son propre réseau dans plusieurs grands villes canadiennes dont Toronto, Calgary, Vancouver, Edmonton et Ottawa. Longtemps impliquée dans une bataille juridique pour déterminer si elle était de propriété «suffisamment canadienne», cette compagnie fait partie d’un groupe international qui compte quelque 200 millions d’abonnés et pourrait donc éventuellement devenir le concurrent étranger dont rêvent les Conservateurs, mais sa part du marché canadien demeure modeste pour le moment.

À quoi s’attendre?

À moins d’une grande surprise, le «Big 3» de Bell, Telus et Rogers devrait s’emparer de la plupart des blocs de fréquences dans la plupart des territoires, d’autant plus que certains blocs de moindre importance ne sont pas soumis aux restrictions qui doivent permettre d’augmenter la concurrence.

Vidéotron et quelques-uns des opérateurs régionaux, dont MTS, devraient compléter le portrait dans leurs provinces respectives.

Certains blocs moins convoités pourraient bien de pas trouver preneurs du tout.

Enfin, il reste à voir si Feenix et Globalive auront les poches assez remplies pour s’acheter un réseau véritablement national, ou si Vidéotron en aura l’ambition. Ça semble peu probable, mais on ne sait jamais.

  • Karmal

    Effectivement, la situation s’avère merdique pour les décennies à venir. Cela fait pourtant des années qu’experts et consommateurs tante en vain de faire comprendre au gouvernement que la solution se trouve dans l »abolition complet des restrictions concernant les concurrents venus de l’étranger. La récente panique des oligopoles le confirme! D’ici là, chers amis, continuons de se faire saigner et bénéficier d’un service digne de pays sous développés.

  • Steve Rodrigue

    Ce qui est aussi un problème, c’est les enchères!

    Dans un sens, on veut avoir le plus d’argent possible pour le bien public: le spectre de bande passante. Mais, d’un autre côté le coût exorbitant du spectre élimine les petits joueurs et rendent difficile le retour sur investissement. Et finalement, le coût du spectre est refilé sur la facture des consommateurs.

    C’est certain qu’on ne peut pas donner des droits d’utilisation à n’importe qui. Bref, le modèle n’est pas parfait, surtout dans un pays comme le nôtre où la densité de population est faible et où il n’y a que quelques gros marchés pour financer l’expansion en zone « hors-urbaine ».