La fierté collective, le seul virus dont je ne serai pas victime cet hiver

Absence de patriotisme

Exclusif

Je déteste les Jeux Olympiques. Vraiment. Ce ne sont pas les sports et les athlètes qui les pratiquent qui me tapent sur les nerfs (ils m’indiffèrent totalement), mais plutôt les réactions des partisans sur les réseaux sociaux. Du jour au lendemain, une horde de ti-counes se réveille d’une longue sieste pour devenir plus patriote que son voisin. Sylvain de Matane, un souverainiste convaincu, sent soudainement l’urgence de prendre le clavier pour y aller d’un «Tellement fier de la victoire des sœurs Dufour-Lapointe! Go Canada Go!», tandis que la jeune Josie-Ann, étudiante en Sciences Humaines profil Individu au Vieux, nous confie avoir pleuré sa (courte) vie devant le baiser de la victoire entre Charles Hamelin et son exubérante de blonde.

Pourtant, nulle trace de statuts Facebook du genre «Mathis Rodrigue, l’espoir de Sainte-Émélie-de-l’Énergie, a déçu tout le monde cet après-midi. J’ai tellement honte de lui, c’est pas mêlant, j’ai le goût de renier mon pays pis brûler mon passeport!». Ridicule? Ouais ben c’est ça.

Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas uniquement propre aux réseaux sociaux, les Olympiques ravivent invariablement la flamme de la fierté collective, ce sentiment que je ne comprendrai jamais.

Comment peut-on être fier d’un exploit auquel on n’a pas participé? Parce qu’on s’entend que ni Sylvain ni Josie-Ann n’ont poussé le petit Charles de 6 ans sur la piste, ni consolé sa pei-peine lorsqu’il est arrivé 43e sur 44, un jour gris (fictif) d’octobre 1999. On s’entend qu’aucun de nous ne s’est levé aux aurores pour aller se geler le nez au mont Machin Chouette et cheerer derrière son passe-montagne les jeunes Maxime, Chloé et Justine qui venaient encore de se planter en débarquant du remonte-pente.

Comme d’habitude, la pub joue sur ce sentiment de fierté. Joue gros. Joue gras. Tout pour se l’approprier un peu, juste assez pour tirer une larme et vendre ses produits. L’exemple le plus flagrant : P&G, «fier commanditaire des mamans». Vraiment, P&G? Gros soupir.

Et si pendant un instant j’acceptais l’idée d’une fierté collective, un instant seulement? Me semble que je devrais également accepter le sentiment contraire. Me semble que Sylvain et Josie-Ann devraient également accepter le sentiment contraire. Pourtant, nulle trace de statuts Facebook du genre «Mathis Rodrigue, l’espoir de Sainte-Émélie-de-l’Énergie, a déçu tout le monde cet après-midi. J’ai tellement honte de lui, c’est pas mêlant, j’ai le goût de renier mon pays pis brûler mon passeport!». Ridicule? Ouais ben c’est ça. La fierté collective, particulièrement en sport, fonctionne juste quand ça nous arrange. Pis moi, ça m’arrange pas pantoute.

Reconstitution dramatique

Reconstitution dramatique

Surtout quand les JO se déroulent dans un pays dénoncé par tous, y compris Sylvain et Josie-Ann, pour ses lois homophobes et sa corruption crasse. Mais non, Go Canada Go! On boycottera la Russie après, une fois qu’on aura fait le décompte de nos médailles pis que nous nous serons collectivement donnés des grandes claques de satisfaction dans le dos, trop heureux d’être contents d’avoir passé deux semaines devant un show de boucane télévisuel.

Un show qui fait ressortir les Sylvain et les Josie-Ann cachés en plusieurs de mes chers amis Facebook. Je les aime quand même, mais j’avoue avoir vraiment hâte que mon fil d’actualités se remplisse à nouveau de jeux de mots douteux, d’anecdotes cutes et d’extraits de chroniques de Richard Martineau.

En attendant, je vais rester bien sagement chez moi à chialer devant mon ordi et encaisser vos messages vitrioliques pro-Sotchi. Car, comme me l’écrivait tantôt un ami : «Si on se fie aux commentateurs de Radio-Canada et à Stéphane Laporte, le Canada est une belle grande famille. Well, je serai pas là à Noël.»