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Que deviennent nos réseaux sociaux?

Par Steve Rodrigue – le dans Actualités
J'entends de plus en plus de critiques sur ce que deviennent les réseaux sociaux. Que se passe-t-il? Les réseaux changent.

Les fils d’actualité de Facebook et Twitter ont perdu de leur authenticité, et les autres réseaux comme Google+, Instagram ou Pinterest ne sont pas non plus en reste. Ces plateformes, d’abord développées par et pour des geeks, deviennent des outils de marketing qui doivent rapporter davantage aux investisseurs et non seulement aux utilisateurs.

Ton fil Twitter n’est plus le tien?

Du côté de Twitter, la goutte qui a fait déborder le vase est le fait qu’il soit maintenant possible de voir du contenu qui ne provient plus seulement de nos abonnements. Twitter ne l’a même pas officiellement annoncé, l’entreprise a simplement modifié sa foire aux questions, c’est sournois!

En imposant des tweets, on s’éloigne de la personnalisation et on se rapproche du style de Facebook, où l’on a l’habitude de voir des publicités et du contenu commandité.

Ce changement dénature Twitter, qui a toujours misé sur la simplicité et la rapidité : un court message et le bon contenu se propage. Chaque utilisateur construit cette expérience. En imposant des tweets, on s’éloigne de la personnalisation et on se rapproche du style de Facebook, où l’on a l’habitude de voir des publicités et du contenu commandité.

Twitter est un outil de communication sans filet. On y trouve de tout, du plus beau au plus laid. Mais, depuis peu, Twitter retire des tweets et va même jusqu’à suspendre des comptes qui réfèrent à du contenu litigieux. L’entreprise justifie ses actions en affirmant que c’est pour des raisons morales ou suite à des demandes ou à des plaintes.

C’est un premier pas vers la censure. Qu’est-ce qui sera acceptable dorénavant? Qu’est-ce qui est de l’intérêt public? En tant que citoyen, je trouve important qu’on couvre les évènements d’actualité quels qu’ils soient et à chaud. Est-ce que les journalistes vont se museler ou s’adoucir par crainte de suspension? Que vaudrait la présence journalistique professionnelle et citoyenne sur une plateforme aseptisée?

Photo : Cali4beach
Photo : Cali4beach

Twitter est aussi inefficace à contrôler les trolls, ces utilisateurs qui créent de la polémique ou attaquent sans pudeur. Suite au décès de Robin Williams, sa fille (Zelda Williams) s’est même retirée de Twitter parce qu’elle était victime de trolls. Son dernier tweet a été : «J’efface cette application de mon appareil pour un bon moment, peut-être pour toujours.»1

Ce cas radical met en évidence l’incapacité de Twitter à tempérer les discours haineux ou faux. Twitter est un lieu de liberté totale, mais comme on le dit souvent, la liberté des uns commence où celle des autres se termine. Est-ce que la plateforme devra adopter des règles plus strictes? Est-ce que des outils pourraient être développés afin de mieux rapporter les abus ou de s’en prémunir? Attention, la ligne est mince entre censure, liberté et respect.

L’anonymat fait que bien des gens ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs messages. D’ailleurs, il en a récemment été question dans un épisode de This Week In Google, ça vaut la peine d’y prêter oreille.

Dis-moi ce que tu aimes et tu ne seras plus que l’ombre de toi-même

Facebook insère de plus en plus de contenu commandité. Vous aimez une marque ou un produit? Attendez-vous à ce que des publications qui y sont liées prennent la place de celles de vos amis.

Sur Facebook, les problèmes sont différents. La transformation vient des mises à jour du EdgeRank. Derrière ce nom se cache l’algorithme qui gère votre fil d’actualité. La vue chronologique des statuts et été remplacée par une vue filtrée, et selon Facebook, ce filtre propose du contenu qui vous intéresse. Vraiment?

Le EdgeRank prend en compte des centaines de milliers de paramètres et retire graduellement de contrôle à l’utilisateur. Du même coup, Facebook insère de plus en plus de contenu commandité. Vous aimez une marque ou un produit? Attendez-vous à ce que des publications qui y sont liées prennent la place de celles de vos amis.

Mat Honan du magazine Wired a poussé le EdgeRank à ses limites lors d’une expérience dans laquelle il a systématiquement aimé tout ce qu’il croisait sur Facebook pendant 48 heures. Le résultat a été monstrueux! À tel point que ses amis ont cru que son compte avait été piraté. Mat est ainsi devenu le porte-parole officieux d’une foule de marques aux yeux de ses proches, alors que son côté, son fil d’actualité s’est remplis de liens commandités et a même pris une tendance politique plus à droite.

Ce que Honan a prouvé, c’est que les algorithmes sont incapables de bien cerner qui nous sommes, et que quelques erreurs peuvent engendrer de grands changements sur notre expérience Facebook.

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Le nouveau EdgeRank change aussi ce que l’on voit sur notre fil d’actualité. Si vous avez des centaines d’amis, il est dorénavant moins fréquent de voir des publications de connaissances éloignées. Ce que vous voyez se réduit à un nombre limité d’amis proches. Pour l’expérimenter vous-même, allez aimer plusieurs publications d’une personne et vous la verrez plus fréquemment sur votre fil. Ça semble normal, mais il devient difficile de gérer ce qui se passe à court et long terme. On peut aimer ce qu’un ami publie parce qu’il est en voyage, mais ça ne veut pas dire qu’on s’y intéresse au quotidien.

En juin dernier, les résultats d’une étude réalisée à l’insu de 700 000 utilisateurs Facebook a suscité beaucoup de controverse. Elle consistait à manipuler le fil d’actualité en tentant d’influencer le moral des participants afin de moduler l’émotion des utilisateurs.

On a raison de s’offusquer lorsqu’on se fait manipuler et c’est exactement ce que le EdgeRank fait. L’information qui nous est présentée est biaisée, et Facebook a avantage à tenter de le faire. Si ce qui nous est présenté nous plaît, nous reviendrons. Si, au contraire, l’expérience est négative ou fade, on se lacerait. Par conséquent, ce qu’on aime doit influencer notre fil pour cultiver la satisfaction.

Le EdgeRank est un très mauvais outil pour suivre la nouvelle en direct. Le temps de réaction est lent. Toute nouvelle de dernière heure prend du temps à se faire une place parce qu’on ne peut prévoir et aimer à l’avance l’actualité. C’est là où Twitter reste roi parce qu’il est plus réactif et chronologique.

Gérer un milliard d’utilisateurs

Lors du lancement de Google+, on lui avait reproché d’exiger une vraie identité. C’est maintenant Facebook qui est à la chasse aux fausses identités. Bien des gens qui tentent de séparer leur vie privée de leur vie publique reprochent à Facebook ses nouvelles politiques. Certains voient même leur compte satirique, professionnel ou utilisant un surnom être suspendu parce qu’il est considéré comme frauduleux.

Pourquoi Facebook agit-il ainsi? Pour s’assurer que chaque personne est vraiment celle qu’elle prétend être. Nous connaître, c’est mieux nous cibler lors d’affichage de publicité.

Il est maintenant essentiel d’utiliser Messenger pour communiquer en privé directement avec les autres utilisateurs. Cette séparation de l’application en deux parties a mal été gérée, et aujourd’hui, bien des gens ne comprennent pas pourquoi ç’a été fait.

Pourtant, tout s’explique : avec un milliard d’utilisateurs, Facebook doit segmenter son offre pour plaire à tous. En séparant les fonctionnalités, l’entreprise peut plus facilement concurrencer dans différents marchés. Messenger devient un compétiteur direct à Skype, Hangouts et Facetime.

L’application principale se recentre ainsi sur le fil d’actualité. De son côté, l’application Paper veut plaire à ceux qui recherchent une expérience plus épurée et sans distraction. Et Moments pourrait sortir des laboratoires pour mettre de l’avant des partages privés.

Essentiellement, Facebook se rend à l’évidence qu’une seule recette ne peut plaire à tous.

Statistiques, données et égo

Que ça nous plaise ou non, c’est de moins en moins nous qui décidons ce que nous voyons sur les réseaux sociaux.

Parlons des autres maintenant. Le mal-aimé (par certains) Google+ cumule une myriade d’informations et de signaux sur les sujets en vogue, les influenceurs et sur ce qui est le plus discuté et partagé. C’est du big data, un levier pour Google. Toutes ces données aident à mieux répondre aux requêtes des utilisateurs de son moteur de recherche. De plus, cette information permet d’afficher des publicités mieux ciblées et des résultats de recherche plus pertinents, que vous utilisiez ou non le réseau.

D’autres comme Instragram et Pinterest ont annoncé l’arrivée d’outils d’analyses et de statistiques. Toujours pour mieux mesurer l’influence des produits, d’une marque et de nous-mêmes. Ça sent le Klout, non?

Tous les réseaux sociaux cherchent la rentabilité et les profits. Pour y arriver, la plupart choisissent le modèle publicitaire. Générer des clics et garder les utilisateurs captifs, c’est le but. Tous les services veulent nous connaître.

Chacun de ces réseaux fait ses propres lois. C’est le code qui fait office de juge et d’arbitre. Que ça nous plaise ou non, c’est de moins en moins nous qui décidons ce que nous voyons sur les réseaux sociaux. Est-ce qu’ils vont prendre les mauvais plis des médias traditionnels et nous gaver de ce qui vend plutôt que de rester fidèle à leurs idéaux?

  1. À noter que Zelda Williams a réactivé son compte Twitter cette semaine.

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Steve Rodrigue

Steve est technicien en télécommunications depuis 1997. La réseautique, l'informatique, la sécurité et les gadgets n'ont plus de secrets pour lui. Il est un fier papa geek qui aime critiquer, tester et découvrir les technologies. Il s'intéresse aussi beaucoup aux avancées qui transformeront notre futur quotidien.