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Métro, boulot, réseaux sociaux

Par François Dominic Laramée – le dans Actualités
Avec les rumeurs sur Facebook@Work qui refont surface, on est en droit de se poser une question fondamentale : pourquoi s’acharner à créer un réseau social pour les entreprises quand les entreprises utilisent déjà très bien les réseaux sociaux ordinaires?

Vous souvenez-vous de Google Wave? Moi, avant que notre estimé rédacteur en chef ne m’en parle ce matin, je n’y avais pas consacré la moindre molécule de neurotransmetteur depuis de longues, longues années.

C’est que Google Wave a fait patate après environ 45 secondes sur le marché, sans doute parce que personne n’a jamais réussi à savoir à quoi et à qui il devait servir.

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C’est que cette tentative de croisement entre le courriel, un réseau social et un système de travail collaboratif a fait patate après environ 45 secondes sur le marché, sans doute parce que personne n’a jamais vraiment réussi à savoir à quoi et à qui Google Wave devait servir. Ni vraiment un wiki, ni vraiment Gmail, ni vraiment Google Docs, mais plutôt un maladroit échafaudage à la Numérobis combinant un peu tout ça dans un pouding à l’arsenic moins savoureux que ses ingrédients séparés, Google Wave n’a laissé qu’un bien vague souvenir.

Et Yammer, vous vous en rappelez? Un autre réseau social pour entreprises, fondé par un ancien de PayPal, vendu en grandes pompes à Microsoft en 2012 – et fondu dans Office 365 l’été dernier, sans trop que ça paraisse? Vous connaissez beaucoup d’entreprises qui s’en servent? La prochaine fois que j’en rencontrerai une, cela fera monter mon total à… une.

L’économie sociale n’est pas toujours là où l’on pense

Pendant ce temps, même ma pizzeria de quartier est sur Facebook. Pas pour collaborer à la création de documents hautement confidentiels, bien sûr : pour communiquer avec les clients, pour organiser des événements spéciaux, ou pour publier des photos appétissantes. Autrement dit, pour le genre de choses auxquelles les réseaux sociaux sont censés servir.

En fait, les entreprises le moindrement sérieuses qui n’assurent pas de présence sur Facebook et/ou sur Twitter, ne serait-ce que pour offrir un service à la clientèle de première ligne, sont maintenant aussi rares que les partisans de la bactérie E. coli.

Sans parler de toutes les organisations qui se servent des réseaux sociaux pour recruter des employés – ou pour filtrer les candidats dont le comportement en ligne révélerait des tendances indésirables. Selon une enquête récente, 93% des recruteurs professionnels utilisent les réseaux sociaux pour évaluer les candidatures, et 55% d’entre eux ont déjà changé d’avis concernant une embauche après avoir été impressionnés ou terrifiés par les traces laissées en ligne par les (mal)heureux élus. J’ai moi-même trouvé quatre de mes cinq nouveaux clients des deux dernières années sur Twitter.

Pas sur LinkedIn, qui ne m’a jamais servi à rien, mais ça, c’est une autre histoire dont j’ai déjà trop parlé!

Pourquoi je ne compterais pas sur Facebook@Work pour assurer mes vieux jours

Évidemment, une entreprise qui tenterait de rédiger son plan d’affaires sur Facebook n’en aurait pas besoin bien longtemps puisqu’elle serait rapidement acculée à la faillite. En cette ère de travail toujours plus collaboratif, il doit donc y avoir une place sur le marché pour un réseau social ultra sécuritaire de communications d’entreprise, non?

clavier

Bof. Probablement, mais pas aussi gros qu’on pourrait le croire.

C’est que, sauf à l’intérieur du petit monde de la technologie (et encore), les entreprises n’évoluent pas vite. Par exemple, le télétravail est présenté comme «la voie de l’avenir» depuis 20 ans et il va probablement le rester éternellement, parce que les gestionnaires ont une peur bleue de devoir mesurer des résultats flous plutôt que de surveiller le nombre d’heures que leurs subalternes passent au bureau. Les réunions se font encore face à face plutôt que par Skype ou par FaceTime parce que… parce que. Je connais même des gens qui impriment systématiquement tous leurs courriels, et d’autres qui ont pris leurs retraites il y a quelques années en laissant à leurs successeurs des dossiers 100% papier parce qu’ils n’avaient jamais utilisé d’ordinateurs de leurs vies. Oui, oui, au 21e siècle.

L’enfer, c’est les autres

Si l’information ne circule pas dans votre compagnie, est-ce vraiment la faute du serveur de courriel, ou ça ne serait pas plutôt celle du grincheux tellement obsédé par le secret qu’il refuse de divulguer les données dont vous avez besoin de peur que vous ne les vendiez à la Corée du Nord?

Bref, la soi-disant mise à mort du bon vieux bureau traditionnel n’est pas pour demain. Dans un pareil contexte, qu’est-ce qui est le plus simple : installer un tout nouveau réseau social à l’intérieur de l’entreprise et essayer de convaincre tout le monde de s’en servir, ou bien mettre un document Word sur une clé USB et aller gosser le type dans le cubicule d’à côté jusqu’à ce qu’il y ajoute ses deux paragraphes? Investir une fortune dans une toute nouvelle technologie pour révolutionner la manière de travailler en équipe, ou bien laisser les gens s’envoyer des textos collectifs pour réserver une salle de conférence à l’heure qui convient à tout le monde?

Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a aucun avenir pour un Facebook@Work? Non. Si le travail est bien fait (genre, pas comme le Facebook Phone), il y aura certainement des entreprises qui y trouveront leur compte.

Seulement, il n’y en aura pas tant que ça. Parce que les problèmes de communication des organisations, aujourd’hui, sont rarement une affaire de technologie. Si l’information ne circule pas dans votre compagnie, est-ce vraiment la faute du serveur de courriel, ou est-ce que ça ne serait pas plutôt celle du grincheux pas parlable au département des chakras USB, qui est tellement obsédé par le secret qu’il refuse de divulguer les données dont vous avez besoin pour faire votre travail de peur que vous ne les vendiez à la Corée du Nord? Ou celle du vice-président senior qui insiste pour approuver chaque commande de sandwichs, mais qui n’a pas répondu à un message depuis 1974?

Oui, au travail comme ailleurs, l’enfer, c’est les autres. Et ça, la technologie n’y pourra jamais rien – du moins, tant qu’on n’aura pas remplacé les employés par des robots. Qui n’auront pas besoin de réseaux sociaux non plus, d’ailleurs.

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François Dominic Laramée

Après une carrière de 15 ans en conception de jeux vidéo, François Dominic Laramée a succombé à la puissance du Côté Obscur de la Force et est devenu journaliste techno. Il a notamment été chroniqueur et scripteur à l’émission Les Nerdz de Ztélé pendant 8 saisons, a publié 4 livres dont certains ont été traduits en russe et en coréen, et a écrit pour toutes les publications dont les administrateurs ont oublié de lui interdire l'accès à leurs systèmes de gestion de contenu.