Hommage à un héros tranquille

Les geeks n’ont pas idée de tout ce qu’ils doivent à Ralph Bær, l’inventeur de la première console de jeu vidéo, qui est décédé le 6 décembre dernier. Moi, du moins, je lui dois pas mal tout. Voici pourquoi.

J’ai commencé à m’intéresser personnellement aux jeux vidéo vers la fin des années 1970. Je ne connaissais pas Ralph Bær.

Sans la révolution lancée par Ralph Bær, aurais-je eu la chance d’apprendre la programmation à l’école, ou l’ordinateur accessible à tous serait-il arrivé quelques années trop tard? Aurais-je étudié en informatique ou aurais-je dû me contenter d’un autre domaine?

J’étais obsédé par les consoles Telstar et autres «machines à Pong» que j’observais au kiosque informatique du centre commercial, mais je ne savais pas qu’avant elles il y avait eu l’Odyssey de Magnavox.

L’Odyssey, la première console, c’était Bær. La petite histoire veut que ce soit en attendant un collègue dans un terminus d’autobus qu’il ait griffonné ses idées pour un système de télévision interactive sur un coin de table et défini non seulement les principes de la console de jeu vidéo telle qu’on la connaît, mais aussi son interface et plusieurs des catégories de jeux qui dominent l’industrie encore aujourd’hui, dont les puzzles, les jeux d’action et les sports.

Merci, monsieur Bær, pour près de 40 ans de plaisir.

Deuxième tour

J’ai développé mon premier jeu vidéo digne de ce nom, une aventure textuelle codée en BASIC sur un micro-ordinateur Apple II, vers 1984. Je ne connaissais toujours pas Ralph Bær.

L'Odyssey de Magnavox (Photo : Evan Amos).
L’Odyssey de Magnavox (Photo : Evan Amos).

Mais si Nolan Bushnell n’avait pas vu une démonstration de l’Odyssey, il n’aurait sans doute pas fondé Atari, ni engagé Steve Jobs, qui n’aurait alors pas pu (si l’on peut se fier à la légende) se servir de pièces de surplus de machines d’arcade d’Atari pour bricoler le premier ordinateur Apple avec son pote Steve Wozniak. Sans la révolution lancée par Ralph Bær, aurais-je eu la chance d’apprendre la programmation à mon école secondaire, ou l’ordinateur accessible à tous serait-il arrivé quelques années trop tard pour moi? Aurais-je étudié en informatique ou aurais-je dû me contenter d’un domaine plus accessible?

Merci, monsieur Bær, pour ma première carrière.

Troisième tour

J’ai commencé à développer des jeux sur une base professionnelle, tout seul chez moi, vers 1990. Je ne connaissais toujours pas Ralph Bær.

Il n’y avait alors, pour ainsi dire, pas d’industrie du jeu au Québec. Plus tard, j’ai connu quelques personnes qui étaient actives à l’époque elles aussi, mais je serais bien étonné d’apprendre que nous étions plus de quelques dizaines en tout. Aujourd’hui, il y a des milliers de professionnels du jeu vidéo au Québec, et nos studios sont parmi les plus réputés au monde.

Merci, monsieur Bær, pour les milliers de geeks qui gagnent leurs vies grâce à vous.

Quatrième tour

C’est en partie grâce aux jeux vidéo que j’ai présenté des conférences dans des congrès de développeurs, que j’ai publié des livres et des milliers de billets de blogues, et que j’ai abouti à la télévision pendant 8 ans.

J’ai commencé à enseigner dans une école de développement de jeux vidéo vers la fin des années 1990. C’est là que j’ai connu Ralph Bær : en préparant un cours sur l’histoire du jeu vidéo que j’ai donné à quelques centaines d’étudiants en animation 3D.

Ce cours-là, et le cours de design de jeux qui l’accompagnait, m’ont permis d’apprendre le métier de la communication. C’est en partie grâce à eux que j’ai présenté des conférences dans des congrès de développeurs, que j’ai publié des livres et des milliers de billets de blogues, et que j’ai abouti à la télévision pendant 8 ans. Tout ça, je le dois aux jeux vidéo.

Merci, monsieur Bær, pour ma deuxième carrière.

Dernier tour

Les idées de Ralph Bær étaient parfois en avance sur leur temps. Ses prototypes offraient des jeux interchangeables, des graphismes en couleur, du son FM et un fusil à rayons lumineux 10 ans avant que l’on ne retrouve toutes ces caractéristiques dans une même console de salon, et il a peut-être été le premier à proposer un système de commerce électronique interactif – en 1968.

Mais Ralph Bær n’était pas un rêveur : c’était un inventeur. Il a su prendre des idées que d’autres auraient trouvées ridicules et en faire une réalité commercialement viable dont la descendance se compte en dizaines de milliers d’emplois. En chemin, il a transformé la manière dont les êtres humains se divertissent et contribué à faire de la geekitude un pilier de la culture populaire.

Merci, monsieur Bær, d’avoir changé le monde.

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